Vie & Biologie – Islam & Science https://islam-science.net An Educational Approach Mon, 02 Nov 2015 18:55:10 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.5.18 Déclaration islamique sur le changement climatique https://islam-science.net/fr/declaration-islamique-sur-le-changement-climatique-3619/ Tue, 03 Nov 2015 00:00:06 +0000 http://islam-science.net/?p=3619

Moins de quatre mois avant que les politiciens ne se réunissent à Paris pour tenter de négocier un accord international sur le climat, à l’occasion de la Cop-21, des savants musulmans ont souligné l’urgence d’agir contre le changement climatique.

Le Congrès Islamique International sur le Changement Climatique, élaboré par un groupe d’universitaires et de savants musulmans, accompagné d’experts internationaux de la politique de l’environnement, s’est tenu les 17 et 18 août 2015 à Istanbul. Les participants ont appelé les 1,6 milliard de musulmans dans le monde à réduire progressivement les émissions de gaz à effet de serre émis à partir de combustibles fossiles et à consommer, en lieu et place, de l’énergie produite à partir de sources renouvelables.

La lutte contre le changement climatique est un devoir religieux !

PRÉAMBULE

1.1 Dieu a créé l’Univers dans toute sa diversité, sa richesse et sa vitalité : les étoiles, le soleil et la lune, la Terre et ses communautés d’êtres vivants. Toutes ces créatures – aussi diverses qu’elles puissent être – reflètent et manifestent la grandeur et la miséricorde infinies de leur Créateur. De par leur nature, elles rendent gloire au Tout Miséricordieux tout en s’inclinant devant Sa volonté. Nous, humains, sommes non seulement créés pour servir le Seigneur de tous les êtres, mais aussi afin d’agir au mieux pour le plus grand bien de toutes les espèces, de tous les individus et de toutes les générations issues de la création divine.1.2 Notre planète existe depuis des milliards d’années et le changement climatique n’est pas en soi un phénomène nouveau. Le climat de la Terre a connu des périodes glaciaires, des épisodes hyperthermiques ainsi que des phases de sécheresse ou d’humidité en réponse à de nombreux facteurs naturels. La plupart de ces changements ont été progressifs, de sorte que les formes et les communautés de vie se sont adaptées en conséquence. Certains changements climatiques – catastrophiques – ont entraîné des extinctions de masse, mais au fil du temps, la vie a fini par s’accommoder de ces impacts, s’épanouissant à nouveau jusqu’à faire émerger les écosystèmes équilibrés que nous chérissons aujourd’hui. Les changements climatiques d’hier ont également contribué à fixer d’immenses réserves d’énergies fossiles dont nous bénéficions aujourd’hui. Paradoxalement, notre utilisation imprudente et à courte vue de ces ressources se traduit aujourd’hui par la destruction des conditions mêmes qui ont rendu notre vie sur Terre possible.1.3 Aujourd’hui, l’évolution du dérèglement climatique mondial diffère complètement des changements progressifs opérés tout au long de l’ère la plus récente, le Cénozoïque. En outre, ce déséquilibre atmosphérique est d’origine humaine : nous sommes à présent devenus une force dominant la nature. L’époque dans laquelle nous vivons est de plus en plus souvent appelée, en termes géologiques, l’Anthropocène, c’est-à-dire « l’Âge des Humains ». Notre espèce, bien que choisie pour être gardienne ou intendante (khalifa) sur Terre, est à l’origine d’une détérioration et d’un désastre tels que nous risquons de mettre un terme au modèle de vie que nous connaissons sur notre planète.

Le rythme actuel du changement climatique ne peut être maintenu, et l’équilibre harmonieux (mīzān) de la Terre pourrait bientôt être perdu.

Étant donné que nous, humains, sommes ancrés dans la structure naturelle du monde, il nous appartient de savourer ses dons. Cependant, ces mêmes combustibles fossiles – qui nous ont particulièrement aidés à atteindre la prospérité actuelle – sont la principale cause du dérèglement climatique. La pollution excessive qu’ils génèrent menace de détruire les dons que Dieu nous a accordés, tels qu’un climat fonctionnel, un air pur, des saisons régulières, et des océans foisonnants de vie. Mais notre utilisation aveugle et exagérée de ces dons n’est pas sans conséquence. Que diront de nous les générations futures héritant d’une planète dégradée ? Comment répondrons-nous de nos actes devant notre Seigneur et Créateur ?

1.4 Le Millennium Ecosystem Assessment (PNUE, 2005), soutenu par plus de 1 300 scientifiques de 95 pays, a constaté que « dans l’ensemble, les humains ont changé les écosystèmes de façon plus significative dans la deuxième moitié du 20e siècle qu’à aucun autre moment de l’histoire humaine… Ces changements ont accru le bien-être humain, mais ont été accompagnés d’une dégradation toujours croissante (de notre environnement) ». « L’activité humaine exerce une pression telle sur les fonctions naturelles de la Terre que la capacité des écosystèmes à maintenir en vie les générations futures est aujourd’hui discutable. »

1.5 Près de dix ans plus tard, et en dépit des nombreuses conférences ayant tenté de parvenir à un accord qui succèderait au Protocole de Kyoto, l’état global de la Terre n’a cessé de se dégrader. Une étude datant de mars 2014 menée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – composé de représentants de plus de 100 nations – a établi cinq réalités préoccupantes. En résumé :

  • les écosystèmes et les cultures humaines sont déjà menacés par la modification du climat ;
  • les risques découlant du changement climatique et causés par des événements extrêmes tels que les vagues de chaleur, les précipitations excessives et les inondations côtières sont en hausse ;
  • ces risques sont inégalement répartis, et touchent généralement plus sévèrement les communautés pauvres et défavorisées de tous les pays, à tous les niveaux de développement ;
  • des impacts prévisibles vont nuire à la biodiversité de la Terre, aux biens et services fournis par nos écosystèmes, et à notre économie mondiale dans son ensemble ;
  • les systèmes physiques essentiels de la Terre risquent eux-mêmes de subir des altérations brusques et irréversibles.

Ces avertissements nous amènent à conclure que notre utilisation des ressources naturelles – les sources de la vie sur Terre – présente de graves manquements. Une réévaluation urgente et radicale est nécessaire. En effet, l’humanité ne peut se contenter de l’insuffisance des progrès observés dans toutes les COP (Conférence des Parties – négociations sur les changements climatiques) depuis la publication du Millennium Ecosystem Assessment en 2005, ni de l’impasse actuelle.

1.6 Depuis la (récente) révolution industrielle, les humains ont consommé une grande partie des ressources non renouvelables que la Terre a mis 250 millions d’années à produire – tout cela au nom du développement économique et du progrès humain. La hausse de la consommation par habitant combinée à l’accroissement de la population humaine a des répercussions très inquiétantes. De même, la course à laquelle se livrent actuellement plusieurs Nations pour accéder à des gisements de combustibles fossiles sous la banquise – qui disparaît dans les régions arctiques – produit des effets alarmants. C’est notre propre destruction que nous accélérons à travers ces processus.

1.7 D’éminents climatologues pensent aujourd’hui qu’il est très peu probable d’éviter une hausse de deux degrés centigrades de la température mondiale – hausse considérée comme le « seuil critique » – si nous continuons d’ignorer les faits. D’autres climatologues réputés considèrent que 1,5 degré centigrade est un « seuil critique » plus plausible. Ce seuil correspond au basculement vers un changement climatique catastrophique, qui exposera davantage (de millions) de personnes et d’innombrables autres créatures à la sécheresse, à la famine et aux inondations. Le plus gros tribut de cette catastrophe continuera à être porté par les pauvres, à mesure que la Terre connaîtra une augmentation drastique – amorcée dès le début de la révolution industrielle – des niveaux de carbone dans l’atmosphère.

1.8 Il est alarmant de constater qu’en dépit de tous les avertissements et de toutes les prévisions, le protocole faisant suite à celui de Kyoto, qui aurait dû être mis en place en 2012, a été retardé. Il est essentiel que tous les pays, en particulier les Pays les plus développés, intensifient leurs efforts et adoptent l’approche pro-active nécessaire pour arrêter et, nous l’espérons au final, inverser les dommages déjà causés.

NOUS AFFIRMONS

2.1 Qu’Allah est le Seigneur et Maître (rabb) de tous les êtres.« Louange à Allah, Seigneur de l’univers. » Coran 1, 1Il est l’Unique Créateur – Il est Al-Khāliq.

« C’est Lui Allah, le Créateur, Celui qui donne un commencement à toute chose, le Formateur. (…) » Coran 59, 24

« Celui qui a bien façonné tout ce qu’Il a créé. (…) » Coran 32, 7

Rien de ce qu’Il crée n’est sans valeur : chaque chose est créée bi l-haqq, en toute vérité et justice.

« Ce n’est pas par divertissement que Nous avons créé les cieux et la terre et ce qui est entre eux. Nous ne les avons créés qu’en toute vérité. (…) » Coran 44, 38-39

2.2 Qu’Il englobe toute Sa création – Il est Al-Muhīt.

« C’est à Allah qu’appartient tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Et Allah embrasse toute chose (de Sa science et de Sa puissance). » Coran 4, 126

2.3 Nous affirmons que :

  • Dieu a créé la Terre en parfait équilibre (mīzān) ;
  • Par Son immense miséricorde, Il nous a accordé des terres fertiles, un air pur, de l’eau propre et toutes les remarquables choses qui rendent l’existence sur Terre possible et agréable ;
  • La Terre suit des rythmes et des cycles saisonniers naturels : un climat dans lequel les êtres vivants – y compris les humains – prospèrent ;
  • La catastrophe que représente le dérèglement climatique actuel est le résultat de la perturbation de cet équilibre par l’homme :

« Et quant au ciel, Il l’a élevé bien haut. Et Il a établi la balance, afin que vous ne transgressiez pas dans la pesée : donnez (toujours) le poids exact et ne faussez pas la pesée. Quant à la terre, Il l’a étendue pour les êtres vivants. » Coran 55, 7-10

2.4 Nous confirmons la nature originelle (fitra) de la création de Dieu :

« Dirige tout ton être vers la religion exclusivement (pour Allah), telle est la nature qu’Allah a originellement donnée aux hommes – pas de changement à la création d’Allah. Voilà la religion de droiture ; mais la plupart des gens ne savent pas. » Coran 30, 30

2.5 Nous reconnaissons la corruption (fasād) que les humains ont provoquée sur Terre de par leur course effrénée à la croissance économique et à la consommation. Ses conséquences ont entraîné l’actuel changement climatique mondial qui provoque :

• la contamination et la pollution de l’atmosphère, des terres, des eaux intérieures et des mers ;
• l’érosion des sols, la déforestation et la désertification ;
• la destruction, la dégradation, et la fragmentation des habitats des communautés vivant sur Terre, auxquelles s’ajoutent la destruction de certains des écosystèmes les plus productifs et variés biologiquement parlant, tels que les forêts humides tropicales, les zones humides d’eau douce, et les récifs coralliens ;
• la détérioration des avantages et services des écosystèmes ;
• l’introduction d’espèces invasives indigènes et d’organismes génétiquement modifiés ;
• des dommages pour la santé humaine, dont une multitude de maladies modernes.

« La corruption est apparue sur la terre et dans la mer à cause de ce que les gens ont accompli de leurs propres mains ; afin qu’(Allah) leur fasse goûter une partie de ce qu’ils ont œuvré ; peut-être reviendront-ils (vers Allah). » Coran 30, 41

2.6 Nous reconnaissons que nous ne représentons qu’une infime partie de l’ordre divin, et pourtant au sein de cet ordre, nous sommes des êtres exceptionnellement puissants. Il est de notre responsabilité d’établir le bien et d’éviter le mal de toutes les manières possibles. Nous reconnaissons aussi que :

• nous ne sommes qu’une espèce parmi la multitude d’êtres vivants avec lesquels nous partageons la Terre;
• nous n’avons aucun droit d’opprimer le reste de la création ou de lui causer du tort;
• l’intelligence et la conscience impliquent le devoir, ainsi que l’exige notre foi, de traiter toutes les choses avec soin, crainte de leur Créateur (taqwa), compassion (rahma) et excellence (ihsan).

« Nulle bête marchant sur terre, nul oiseau volant de ses ailes, qui ne soit comme vous en communauté. (…) » Coran 6, 38
« La création des cieux et de la terre est quelque chose de plus grand que la création des gens. Mais la plupart des gens ne savent pas. » Coran 40, 57

2.7 Nous reconnaissons que nous sommes responsables de toutes nos actions :

« Quiconque fait un bien fût-ce du poids d’un atome, le verra, et quiconque fait un mal fût-ce du poids d’un atome, le verra. » Coran 99, 7-8

2.8 À la vue de ces considérations, nous affirmons que notre responsabilité en tant que musulmans est d’agir conformément à l’exemple du Prophète Muhammad (Paix et Bénédictions de Dieu sur lui) qui :

  • a déclaré et protégé les droits de tous les êtres vivants, prohibé de tuer des êtres vivants pour le sport, mené ses compagnons à économiser l’eau même lors des ablutions pour la prière, interdit l’abattage d’arbres dans le désert, ordonné à un homme qui avait pris des oisillons dans un nid de les ramener à leur mère, et quand il est tombé sur un homme qui avait mis feu à une fourmilière, a ordonné : « Éteins-le ! Éteins-le ! » ;
  • a établi des zones inviolables (haram) autour de La Mecque et de Médine, dans lesquelles les plantes endémiques ne pouvaient être abattues ou cueillies et les animaux sauvages ne pouvaient être chassés ou dérangés ;
  • a établi des aires protégées (himas) pour la conservation et l’utilisation durable des pâturages, de la couverture végétale et de la faune ;
  • a vécu une vie frugale, sans excès, sans déchets, et sans ostentation ;
  • a renouvelé et recyclé ses maigres possessions en les réparant ou en les donnant ;
  •  mangeait de la nourriture simple, saine, qui ne comprenait de la viande qu’occasionnellement ;
  • prenait plaisir dans le monde créé ;
  • était, selon les mots du Coran, « une miséricorde pour tous les êtres ».

NOUS APPELONS

3.1 Nous appelons la Conférence des Parties (COP) à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) et la Réunion des Parties (MOP) au Protocole de Kyoto qui se tiendra à Paris en décembre 2015 à mener leurs discussions vers une conclusion équitable et astreignante, gardant à l’esprit :

  • le consensus scientifique sur le changement climatique, qui est de stabiliser la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêcherait toute perturbation anthropique dangereuse des systèmes climatiques ;
  • la nécessité de fixer des objectifs clairs et des systèmes de contrôle ;
  • les conséquences désastreuses sur la planète Terre si rien n’est entrepris ;
  • l’immense responsabilité qui pèse sur les épaules de la COP au nom de l’Humanité, notamment celle de diriger le reste d’entre nous vers une nouvelle manière d’interagir avec la Terre de Dieu.

3.2 Nous demandons en particulier aux pays nantis et aux États producteurs de pétrole :

  • d’ouvrir la voie en éliminant progressivement leurs émissions de gaz à effet de serre dès que possible et avant le milieu du siècle ;
  • de fournir généreusement un soutien financier et technique aux pays moins bien lotis pour parvenir à une élimination des gaz à effet de serre assez rapidement ;
  • de reconnaître l’obligation morale de réduire la consommation afin que les pays modestes puissent bénéficier des ressources non renouvelables restantes de la Terre ;
  • de ne pas dépasser la limite des « 2 degrés », ou mieux, celle de « 1,5 degré », en gardant à l’esprit qu’il reste les deux tiers des réserves établies de combustibles fossiles dans le sol ;
  • d’opérer une réévaluation de leurs intérêts en délaissant une exploitation de l’environnement contraire à l’éthique, et en axant vers une préservation du milieu naturel et une élévation de la condition des pauvres du monde ;
  • d’investir dans la création d’une économie verte.

3.3 Nous demandons aux peuples de toutes les nations et à leurs dirigeants :

  • de viser à supprimer progressivement les émissions de gaz à effet de serre dès que possible afin de stabiliser les concentrations de ce gaz dans l’atmosphère ;
  • de s’engager urgemment vers une énergie 100 % renouvelable et/ou une stratégie zéro émission, pour atténuer l’impact environnemental de leurs activités ;
  • d’investir dans l’énergie renouvelable décentralisée, qui est le meilleur moyen de réduire la pauvreté et de parvenir à un développement durable ;
  • de réaliser que la poursuite d’une croissance économique démesurée sur une planète limitée et déjà surchargée n’est pas viable. La croissance doit être recherchée à bon escient et avec modération, en insistant sur la priorité d’augmenter la résilience de tous, en particulier des plus sensibles aux impacts – persistants pour de nombreuses années encore – du changement climatique ;
  • d’amorcer un nouveau modèle de bien-être, basé sur une alternative à la référence financière actuelle, qui épuise les ressources, dégrade l’environnement et accroit les inégalités ;
  • de donner la priorité aux efforts d’adaptation avec un soutien approprié aux pays vulnérables dont l’adaptation est délicate, et aux catégories fragiles, notamment les peuples autochtones, les femmes et les enfants.

3.4 Nous appelons les sociétés, la finance, et le secteur des entreprises à :

  • assumer les conséquences de leurs activités à but lucratif, jouer un rôle ostensiblement plus actif, réduire leur empreinte carbone et atténuer les autres formes d’impact sur l’environnement naturel ;
  • s’engager à utiliser de l’énergie 100% renouvelable et/ou à s’engager dans une stratégie zéro émission dès que possible mais aussi à orienter leurs investissements vers les énergies renouvelables ;
  • changer le modèle économique actuel, basé sur une logique d’escalade insoutenable, et à adopter une économie circulaire qui, elle, est entièrement durable ;
  • tenir davantage compte de leurs responsabilités sociales et écologiques, en particulier dans la mesure où ils extraient et utilisent des ressources rares ;
  • participer au désinvestissement de l’économie fondée sur les combustibles fossiles et à faire progresser l’énergie renouvelable ainsi que d’autres alternatives écologiques.

3.5 Nous demandons à tous les groupes de se joindre à nous dans cet effort de longue haleine et nous accueillons avec joie les contributions importantes apportées par d’autres Religions, puisque la réussite profitera à chacun.

« (…) Mais Il veut vous éprouver par ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes œuvres. (…) » Coran 5, 48

Si nous offrons le meilleur de nos traditions respectives, une issue favorable à nos difficultés est envisageable.

3.6 Enfin, nous demandons à tous les musulmans où qu’ils soient :

Chefs d’État, dirigeants politiques, communauté des affaires, délégués à la CCNUCC, chefs religieux et universitaires, congrégations de mosquées, fondations et dotations islamiques (awqaf), éducateurs et établissements d’enseignement, leaders de communautés, militants de la société civile, organisations non gouvernementales, secteurs de communication et les médias,

De s’attaquer, dans leurs sphères d’influence respectives, aux habitudes, aux mentalités, et aux causes qui ont entrainé le changement climatique, la dégradation environnementale et la perte de la biodiversité.

Tout en suivant l’exemple du Prophète Muhammad (Paix et Bénédictions sur Lui), il s’agit d’apporter une solution aux défis d’aujourd’hui.

Allah dit dans le Coran : « Et ne foule pas la terre avec orgueil : tu ne sauras jamais fendre la terre et tu ne pourras jamais atteindre la hauteur des montagnes ! » Coran 17: 37

Nous gardons à l’esprit les paroles de notre Prophète (Paix et Bénédictions sur Lui) : « Ce monde est doux et verdoyant, et Allah vous en a confié la régence tout en regardant comment vous agissez. » Hadith rapporté par Mouslim d’Abou Sa’īd al-Khoudrī

Consultez la déclaration originale Islamic Declaration on Global Climate Change
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Coup de projecteur sur l’évolution biologique https://islam-science.net/fr/coup-de-projecteur-sur-levolution-biologique-2026/ Fri, 20 Dec 2013 00:00:21 +0000 http://islam-science.net/?p=2026 L’année dernière, pour la première fois en France, fut organisé un débat contradictoire sur l’évolution biologique, une question épineuse dans le monde arabo-musulman.

Téléchargez notre dossier de presse ici

Communiqué de presse

La théorie de l’évolution a historiquement déclenché et continue de susciter des oppositions farouches dans le monde islamique comme dans le monde chrétien.

Or, l’évolution biologique reste un concept relativement nouveau pour la majorité des musulmans, et aucun débat sérieux sur sa compatibilité avec la religion n’a encore eu lieu.

Ainsi, Oumma.com, en partenariat avec ASN (Harun Yahya France) et l’UIP (l’Université Interdisciplinaire de Paris) vous convient à un débat contradictoire. Le premier du genre organisé en France.

Le dimanche 28 octobre 2012

À 15 heures

À la fondation de la maison de la chimie (à Paris 75007)

Inscriptions

ledebat@oumma.com

Modalités sur oumma.com

http://oumma.com/14459/coran-bible-theorie-de-levolution

Après les pays de tradition chrétienne, États-Unis en tête, les opposants à la théorie de l’évolution ont ouvert un front dans le monde musulman.

Début 2007, biologistes et anthropologues des universités américaines ont reçu en cadeau un ouvrage de 850 pages qu’ils n’avaient pas demandé : l’Atlas de la Création, écrit par un musulman créationniste, Adnan Oktar sous le pseudonyme d’Harun Yahya. Un envoi analogue avait été fait en France un an auparavant.

Ces vingt dernières années, la controverse au sujet de l’enseignement de l’évolution s’est surtout développée aux États-Unis, mais la prochaine grande bataille à ce sujet devrait se dérouler dans le monde musulman (c’est-à-dire dans les pays à majorité musulmane, mais aussi dans les pays où il y a de fortes minorités musulmanes).

Or, ce mouvement créationniste islamique voit aujourd’hui son influence devenir de plus en plus prégnante. En cause : une confusion entre darwinisme et matérialisme.

Ce débat sera la première confrontation directe entre d’éminents scientifiques évolutionnistes – Nidhal Guessoum (astrophysicien) et Jean Staune (philosophe des sciences) et des spécialistes opposés à la théorie de l’évolution biologique – Oktar Babuna (neurochirurgien) et Dominique Tassot (ingénieur des mines de Paris).

En guests, Marc Godinot (paléontologiste) opposé à Pierre Rabischong (neuropsychiatre).

Inscriptions

Entrée gratuite et  nombre de places limitées (le communiqué sera bientôt mis en ligne sur le site d’oumma) :

Pour vous inscrire envoyer un mail à l’adresse suivante : ledebat@oumma.com  en indiquant votre nom et prénom.

Par Gillali Abdelaziz.

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« La résistance à Darwin à l’école est politico-religieuse » https://islam-science.net/fr/la-resistance-a-darwin-a-lecole-est-politico-religieuse-1200/ Sun, 08 Sep 2013 05:00:21 +0000 http://islam-science.net/?p=1200 Auteur d’ouvrages sur l’évolution et ancien professeur de SVT, Jean-Baptiste de Panafieu a travaillé sur l’infiltration du créationnisme dans les écoles françaises.

Sciences et Avenir : Depuis combien de temps constatez-vous une montée de la résistance à la théorie de l’évolution ?
Jean-Baptiste de Panafieu : Lorsque j’étais prof, il y a 15 ou 20 ans, en Picardie et en région parisienne, je n’ai rencontré qu’une opposition frontale d’un jeune témoin de Jéhovah. Mais je constatais déjà, chez les élèves, une méconnaissance inquiétante de la théorie de Darwin, une vision finaliste de l’évolution. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’ont donné envie d’écrire sur le sujet.

Depuis, il y a une recrudescence certaine du sentiment religieux ou politico-religieux en France. J’ai discuté avec des professeurs du public de toute la France : ils racontent que des élèves se lèvent au milieu du cours, en disant« je ne peux pas entendre cela, ma religion me l’interdit » et sortent. C’est très violent.

D’autres élèves leur disent qu’ils ont rempli consciencieusement leur copie pour avoir une bonne note mais qu’ils ne croient pas un mot de ce qu’ils ont écrit. Un autre exemple, c’est cet élève que j’ai filmé et qui choisit en travaux pratiques encadrés de « contredire la théorie de l’évolution ». Pour cela, il est allé chercher des documents créationnistes qui pullulent sur internet. Lorsque j’ai commencé ce tournage, il y a trois ans avec Nicolas Jouvin, je m’attendais à des résistances, pas à ce qu’elles s’expriment si fortement.

Qui sont les réfractaires ?
Principalement de jeunes musulmans, ce qui explique que le phénomène soit concentré – comme eux – dans les banlieues, par exemple autour de Paris ou de Lyon. Le lycée – qui s’est ouvert aux couches sociales qui n’y avaient pas accès auparavant – agit comme un révélateur.

Les élèves anti-évolutionnistes viennent souvent de milieux populaires qui ne connaissant pas du tout la science, ou qui la tiennent pour une simple opinion. Beaucoup fréquentent l’école coranique. De la part de ces jeunes gens, il s’agit aussi d’un défi adolescent et politique. D’un combat identitaire et anti-raciste, car pour de mauvaises raisons, ils voient Darwin, qu’ils n’ont pas lu, comme un colonialiste. Enfin, ils contestent l’autorité et le savoir. Les professeurs sont désarmés, comme ils l’ont été face aux jeunes maoïstes dans les années 70.

Pourquoi «défier l’évolution est-il devenu à la mode», selon la formule du théologien Jacques Arnould ? 

La bataille contre l’évolution est devenue, depuis une décennie, un thème de militantisme, de propagande anti-laïque pour une petite minorité fondamentaliste, très active, très virulente sur le web. Leurs arguments sont omniprésents sur de nombreux forums de discussion. C’est un angle d’attaque, comme peut l’être pour certains le port ostentatoire du voile.

Cela permet de se constituer en groupe, en communauté, de s’opposer. Peut-être les succès rencontrés par les anti-évolutionnistes aux États-Unis ont-ils stimulé les fondamentalistes musulmans. Ils se sentent obligés de s’attaquer à quelque chose qui est une description de la réalité et qui fait pratiquement l’unanimité.

L’évolution intervient en effet dans un champ dans lequel ils s’estiment compétents : l’origine de l’homme. Il y a donc confrontation directe. C’est un point à combattre absolument pour eux. Car s’ils font tomber cela, ils peuvent imposer leurs idées dans d’autres domaines. Il y a la volonté d’en arriver à un enseignement religieux en parallèle de l’enseignement laïque de l’évolution, sous prétexte que les deux se vaudraient. Ce qui a bien failli être autorisé aux États-Unis !

Qu’est ce qui offense la religion, dans cette théorie?
La part de hasard, d’imprévisibilité de l’évolution, ses phénomènes aléatoires… Si l’évolution n’est pas prévisible, d’un point de vue philosophique, cela fonde la liberté de l’homme ! Il aurait tout aussi bien pu ne pas apparaitre ! Et c’est insupportable pour la pensée religieuse qui voit son apparition comme le projet d’une entité supérieure.

Ensuite, s’il n’y a pas de « grand projet » déterminé, c’est à l’homme de construire SON projet… y compris religieux, s’il le souhaite. Pour tous les tenants d’une parole révélée totalitaire, au sens où elle prend en compte la totalité de l’existence, de ce qu’est un homme, c’est une pensée blasphématoire. Darwin, c’est le mal. L’un des élèves que j’ai filmé était persuadé que son devoir de croyant était de combattre l’évolution. De façon très touchante, il nous a dit «Si l’homme descend du singe, alors le coran dit une chose fausse et c’est ma religion qui s’écroule ! » Il ressentait un vrai malaise.

Mais il y a des créationnistes dans d’autres confessions…
Certaines églises protestantes sont également très virulentes. Sauf chez les intégristes, le catholicisme n’est plus à ce point dans la confrontation en France. Beaucoup de croyants s’accommodent très bien de leur foi et de la science. Comme cette jeune fille, qui dit dans mon film (voir extrait): « Je suis catholique, je crois en Dieu, cela ne m’empêche pas de croire en l’évolution».

Elle « croit » en l’évolution, notez ! La société française est très finaliste ou transformiste, elle pense que «la nature fait bien les choses». Elle imagine que les espèces évoluent en fonction de leurs besoins, en réponse directe aux contraintes de l’environnement et toujours dans la bonne direction. C’est rassurant de penser ainsi qu’il puisse y avoir une «mère nature» ou de «Dieu pourvoyeur» de transformations à bon escient. C’est ce qui me fait dire, de façon provocatrice, que la bataille contre l’Intelligent design –pseudo science venue des États-Unis et qui prétend que l’évolution est dirigée par une force intelligente- est en quelque sorte perdue. Sans que nous ayons mené la bataille. Et cela n’est pas si grave ! Aujourd’hui, c’est un créationnisme dur que nous affrontons! Et là, il ne faut céder sur rien !

Le meilleur moyen de lutter?
Il faut expliquer et réexpliquer ce que sont la science et les méthodes scientifiques par rapport aux idéologies religieuses. Renforcer la formation en histoire des sciences. Discuter en cours de philosophie du fait que des scientifiques se sont trompés voire ont participé à des projets monstrueux, comme l’eugénisme. Bref, apprendre à distinguer les faits des opinions.

Malheureusement certains chercheurs médiatiques ne les distinguent pas eux même, et donnent leurs opinions, à tout bout de champs, sur des sujets qu’ils ne connaissent pas ! Les gens comme Claude Allègre, par exemple, ne rendent pas service aux scientifiques ou aux profs. Il faut aussi inciter les élèves à lire et comprendre Darwin, à ne pas se contenter de la caricature de ses idées. Heureusement, j’ai rencontré des enseignants qui prennent le problème à bras le corps, organisent des sessions communes de philosophie, de SVT, d’histoire en commun, poussant les élèves dans leurs réflexions et dans leurs retranchements.

L’école laïque est-elle en danger?
Cette offensive n’est qu’un des nombreux combats qui ont toujours agité l’école. Elle s’est bien sortie de l’orage des années 70, où certains jeunes remettaient en question l’ensemble de l’enseignement ! Ce combat devrait également faiblir petit à petit… mais son extinction dépend vraiment des conditions culturelles et sociales environnantes. La contestation de la théorie de l’évolution n’est qu’un aspect d’une revendication identitaire culturelle et religieuse, qui a choisi là un bien mauvais cheval de bataille !

Propos recueillis par Rachel Mulot, première publication le 22/01/09

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L’Univers a-t-il été créé pour l’homme ? Les réponses de la science moderne et de l’Islam https://islam-science.net/fr/lunivers-a-t-il-ete-cree-pour-lhomme-les-reponses-de-la-science-moderne-et-de-lislam-784/ Fri, 23 Aug 2013 21:15:48 +0000 http://islam-science.net/?p=784 Imaginez que vous soyez condamné à mort et qu’on s’apprête à vous exécuter. Vos yeux ont été bandés, vous êtes attaché au pilon, face à une dizaine de tireurs d’élite. L’ordre de tirer est donné. Vous entendez les coups de feu, mais quelques secondes plus tard, vous vous apercevez que rien ne vous est arrivé. Vous êtes sain et sauf, tous les tireurs vous ont complètement « raté ». Quel est alors votre réaction ? Vous en concluez : « Il n’y a rien à expliquer, je suis là, un point c’est tout », ou vous affirmez plutôt : « Il y a quelques chose derrière cela, d’une manière ou d’une autre, ma vie qui a été prolongée, a été voulue et soigneusement… exécutée ? »

C’est la métaphore utilisée par le philosophe John Leslie, pour expliquer la situation équivalente dans laquelle se trouve l’humanité : si les lois et les paramètres de l’Univers avaient été tirés au hasard, la probabilité que la vie apparaisse, et encore moins que l’intelligence et la conscience soient présentes pour se poser de telles questions, aurait été infiniment faible : un zéro suivi de dizaines ou centaines de zéros après la virgule avant d’atteindre le 1…

Donnons quelques exemples simples. Si la gravitation avait été très légèrement plus faible dans l’univers, les étoiles ne se seraient jamais formées, et le carbone, l’oxygène et autres éléments nécessaires à la vie, et donc à notre existence, n’auraient pas été formés. Si la gravitation avait été même légèrement plus forte qu’elle ne l’est, l’univers se serait effondré sur lui-même et n’aurait jamais formé de grandes structures (galaxies, étoiles, planètes).

Un second exemple relève de l’électricité : si celle-ci (représentée par la charge élémentaire de l’électron) avait été légèrement plus faible qu’elle ne l’est, les réactions chimiques, trop lentes, n’auraient pas pu produire des molécules complexes (jusqu’à l’ADN). Et si elle avait été trop forte, les réactions chimiques n’auraient pas pu avoir lieu, car elles auraient nécessité beaucoup trop d’énergie (non disponible).

Que conclure ? Nous sommes là au sein de cet Univers, qu’il convient d’accepter sans plus ? Ou bien qu’il existe un principe qui a permis que l’Homme puisse apparaître et être en harmonie totale avec le cosmos tout entier ? Cette constatation et cette conclusion ont donné naissance à ce fameux « principe anthropique » qui indique que : soit un Créateur habile a bien planifié notre émergence, soit que nous sommes dans l’univers parmi des milliards de milliards d’univers tous différents, tous stériles sauf le nôtre. Le fait qu’il existe un « ticket gagnant » parmi les milliards de tickets non gagnants ne doit pas nous faire réfléchir outre mesure.

Malgré la controverse qui l’entoure et les vives réactions qu’il a suscitées depuis son émergence il y a maintenant deux décennies, il n’est pas exagéré de dire que le Principe Anthropique a constitué un nouveau paradigme philosophico-scientifique, ainsi qu’ une nouvelle plate-forme et dynamique de dialogue entre la Science et la Religion (toutes deux définies de manière générale).

Citons à ce titre Nicola Dallaporta (Physicien théoricien, Professeur émérite à l’Université de Padoue) : « […] la reconnaissance du principe anthropique devrait être considérée comme un moment décisif dans le développement de la science, ouvrant de nouvelles voies vers des aspects inconnus de l’Univers… ».

George V. Coyne (astronome, Université de l’Arizona) affirme quant à lui « […] je crois […] que le principe anthropique a non seulement constitué un stimulant de recherche en cosmologie, mais qu’il fournit un point de rencontre passionnant entre la théologie et les sciences et qu’il a certainement servi à réintégrer le facteur être humain qui, pendant des siècles, a été exclu des sciences physiques. » (Voir “Le Principe Anthropique : L’Homme est-il le centre de l’Univers ?”, de J. Demaret et D. Lambert, Armand Colin, Paris, 1994).

Il est intéressant de noter que l’énoncé du principe anthropique a été formellement présenté par le physicien Brandon Carter en 1973, à l’occasion du 500ème anniversaire de Copernic, qui avait commencé la « rétrogradation » de l’Homme, qui occupait auparavant une place centrale dans l’Univers.

Il est également certain que le camp religieux y a trouvé un point d’appui et une justification de son principe fondamental selon lequel les questions qui relèvent de l’existence, aussi bien de l’Univers, de la Vie, que de l’Homme ne peuvent pas être monopolisées par la Science, mais qu’en fait, des considérations « métaphysiques », ou du moins « anthropiques », peuvent légitimement être introduites dans ce type de débats.

Les musulmans ont plutôt réagi tardivement à ce développement important, et ce pour plusieurs raisons. Ces derniers ont toujours souscrit au « Design Argument » (selon lequel tout dans la nature pointe vers un Créateur) en puisant dans leur Livre maintes directives à cet égard. Ils n’ont donc pas vu la résurgence de cet argument par le biais du principe anthropique comme un développement notable. D’un autre coté, ce nouveau paradigme philosophico-scientifique a été délibérément évacué par certaines écoles de pensée islamiques dont le programme intellectuel et philosophique est radicalement différent (qui prône, par exemple, le développement d’une « science sacrée » qui se démarque clairement de la « science moderne, occidentale ». Celle-ci ne pouvant, selon ces derniers fusionner ou même accommoder le théisme et la révélation).

Notons enfin, le dilemme auquel ont été confrontés les scientifiques et philosophes musulmans qui se veulent fidèles à leur tradition : le principe anthropique sous-entend et englobe le principe d’évolution à toutes les époques de l’existence, depuis le moment de la création de l’univers jusqu’au futur, y compris bien sûr l’émergence de l’homme par les processus évolutifs que préconise la science moderne.

Le Coran et la tradition islamique regorgent d’arguments du type « design » et peut-être même quelques allusions à des principes anthropiques. Nous citerons d’abord pour exemple quelques versets coraniques :

Ne voyez-vous pas qu’Allah vous a assujetti ce qui est dans les cieux et sur la terre ? Et Il vous a comblés de Ses bienfaits apparents et cachés. Et parmi les gens, il y en a qui disputent à propos d’Allah, sans science, ni guidée, ni Livre éclairant. (31 : 20)

Celui Qui a créé et agencé harmonieusement, Qui a décrété et guidé… (87 : 2-3)

Celui qui a créé sept cieux superposés sans que tu voies de disproportion en la création du Tout Miséricordieux. Ramène [sur elle] le regard. Y vois-tu une brèche quelconque ? (67 : 3)

Se référant au Coran, les théologiens musulmans n’ont jamais ignoré les considérations de design (planification soignée, en l’occurrence par un Créateur) et même anthropistes. Jaafar Sheikh Idrees, un philosophe musulman contemporain, voit dans l’harmonie qui existe entre les créatures du monde une des preuves de l’existence de Dieu. Il dénomme cet argument « Dalil al-`Inaya » (l’argument de providence).

En fait Idrees ne fait que reprendre les idées du grand philosophe andalou du 12ème siècle, Ibn Rushd, qui insistait sur l’argument que la création montre par l’ordonnance, l’harmonie et la complémentarité de ses différentes parties, ainsi que par la convenance et la consonance qu’elle manifeste envers le but et le bénéfice intentionné par cette création, que les choses ne sont pas survenues par une volonté de la nature mais plutôt par les intentions finalistes du Créateur.

Idrees décèle aussi un aspect anthropique dans les versets suivants : N’avons-Nous pas fait de la terre une couche et (placé) les montagnes comme des piquets ? Nous vous avons créés en couples, désigné votre sommeil pour votre repos, fait de la nuit un vêtement, assigné le jour pour les affaires de la vie et construit au-dessus de vous sept (cieux) renforcés, et [y] avons placé une lampe (le soleil) très ardente, et fait descendre des nuées une eau abondante pour faire pousser par elle grains et plantes et jardins luxuriants. (78 : 6-16).

Il écrit : « Même ces astres lointains ont une relation avec vous (les humains), car comme la terre est pour vous un lit, le ciel est un toit construit, le soleil est une lampe qui vous pourvoit en lumière et chaleur, sans lesquelles il ne peut y avoir de vie humaine, animale ou végétale. » L’auteur renforce alors son argument d’un autre verset : « Et Nous avons fait du ciel un toit protégé, et cependant ils se détournent de ses merveilles” (21:32) »

En fait, Ibn Rushd a été amené à conclure que tout ce qui existe est en rapport adéquat avec l’homme. De plus cet accord est nécessairement le résultat d’un Agent qui en a eu l’intention et la volonté.

Toujours dans la période classique, citons Fakhr al-Din al-Razi (1149-1209), le grand exégète, théologien, philosophe et scientifique qui, dans son magistral “Mafatih al-Ghayb” souligne le fait que chaque corps a un mode d’existence propre dans le monde physique. Parmi ces modes possibles, un mode précisément déterminé (« muqaddar bi maqadir makhsusah ») par le Créateur. Les corps célestes par exemple ont des orbites et des coordonnées spatio-temporelles précises qui démontrent une ordonnance totale (tadbir kamil) et une sagesse profonde (« hikmah balighah »).

Al-Razi souligne également que tous les objets, célestes ou terrestres, animés ou inanimés (« jamadat ») ont été décrétés par Allah de sorte qu’ils servent les intérêts (« masalih ») des humains. Enfin, Al-Razi attire notre attention sur les interconnections complexes entre les bénéfices constitués par les horizons cosmiques (« al-ni’am al-afaqiyyah ») et ceux que l’on trouve en nous même (« al-ni’am al-anfusiyyah »).

Au cours du 20ème siècle, deux penseurs musulmans (différents dans leurs approches et inclinaisons philosophiques) se distinguent : Muhammad Iqbal (1877-1938), grand poète-philosophe indien du début du siècle précédent, et Badi’uzzaman Sa’id al-Nursi (1876/7-1960), fondateur du mouvement religieux turque Nur.

Iqbal n’est pas convaincu pas les arguments rationalistes en général, et les arguments téléologiques en particulier. Du coup, il rejette l’idée de “but prédéterminé” pour l’univers, car cela lui enlèverait, selon le philosophe, tout caractère créatif et toute originalité. Par contre Said al-Nursi demeure très impressionné par « l’équilibre omniprésent et la coopération visible à travers tout le cosmos », ce qui constitue pour lui « une preuve matérielle de l’unité divine ».

Au cours de l’histoire, de nombreux penseurs musulmans, définissaient la science comme la recherche des « manières » par lesquelles le Créateur, de par sa bonté et sa sagesse infinies, a agencé le monde en le disposant au service de l’homme. Nous comprenons alors pourquoi aujourd’hui, le concept de design et le principe anthropique n’ont guère « impressionné » les musulmans. Il semble d’autre part, que leur compréhension se limite au « service » et au « bénéfice », et que l’on peut constater dans les corps naturels envers l’homme plutôt des lois et des constituants même de l’univers.

Soulignons enfin, l’aspect évolutionniste inhérent au principe anthropique, à savoir l’acceptation d’un scénario d’évolution (physique et biologique) de l’univers en tant qu’entité ou en tant qu’ensemble de corps. Nous savons que le terme même « évolution » continue à constituer un blocage pour la majorité écrasante des musulmans, y compris parmi les intellectuels. Mais c’est là un thème qui doit fait l’objet d’un autre article.

Par Nidhal Guessoum.

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La remarquable découverte paléontologique d’Abderrazak El Albani https://islam-science.net/fr/la-remarquable-decouverte-paleontologique-dabderrazak-el-albani-777/ Fri, 23 Aug 2013 19:11:12 +0000 http://islam-science.net/?p=777

Les êtres vivant complexes sont apparus 1,5 milliard d’années plutôt que prévu.

Abderrazak El Albani est géologue, chercheur au CNRS à l’université de Poitiers. En 2008, alors qu’il récoltait des échantillons dans une carrière de grés au Gabon, il découvrit de nombreuses traces d’organismes fossiles de 1 à 12 cm. Or les roches en question étaient vieilles de 2,1 milliards d’années. Pour bien comprendre ce que signifie une telle découverte, il convient de revenir sur les grandes étapes de la vie sur Terre.

La Terre s’est formée il y a 4,6 milliards d’années, mais au cours des premières centaines de millions d’années, elle n’était qu’une boule en fusion. On estime qu’il a fallu attendre que la Terre soit âgée de 500 millions d’années, afin que les conditions soient suffisamment clémentes pour permettre le développement de la vie. Or, les premiers êtres vivants, des êtres unicellulaires très simples, comme des bactéries, sont apparues « très vite », il y a 3,8 milliard d’années.

Cette apparition rapide de la vie est en soi intéressante. Elle laisse à penser que la vie n’apparaît pas uniquement par hasard, car cela prendrait en effet beaucoup plus de temps.

Aujourd’hui, un certain nombre de chercheurs estiment que l’apparition de la vie est d’une certaine façon inscrite dans les lois de la nature. Mais, hormis des êtres unicellulaires simples et sans noyau, comme les bactéries, appelées des procaryotes, rien de nouveau n’avait été trouvé dans les roches correspondant aux 2,2 milliards d’années suivantes. Il y a 1,6 milliard d’années apparaissent les eucaryotes, des êtres toujours unicellulaires, mais cette fois-ci, plus complexes car pourvus d’un noyau.

Les traces des premiers êtres vivants complexes seraient apparues il y a seulement 600 millions d’années. Des êtres multicellulaires d’une taille suffisante pour que leur fossile soit visible à l’oeil nu. Ainsi durant 3,2 milliards d’années, la vie sur Terre n’avait produit que des êtres unicellulaires, avec ou sans noyau. Cela pouvait sembler être un argument en faveur du fait que l’évolution de la vie était un processus se déroulant au hasard.

Si, au contraire la vie était dirigée, comme le pensait le paléontologue Teilhard de Chardin, et avec lui de nombreux évolutionnistes croyants, pour lesquels, le développement de la vie vers plus de complexité est inscrit dans les lois de la nature, une question mérite d’être posée : pourquoi une telle immobilité sur une si longue période ?

C’est là justement, que l’on peut mesurer la portée de la découverte d’ Abderrazak El Albani qui démontre que des êtres multicellulaire, composés de cellules à noyaux, d’une taille macroscopique, existaient il y a déjà 2,1 millions d’années, c’est-à-dire 1, 5 milliard d’années avant les premiers organismes pluricellulaires connus, et même 500 millions d’années avant les premiers organismes unicellulaires à noyau connu. Cette découverte nous prouve que la vie n’est pas demeurée inactive au cours de toute celle longue période.

Il est encore trop tôt pour savoir si ces êtres ont eu des descendants ou s’il s’agit d’une branche éteinte de l’histoire de la vie. Toujours est-il que cette découverte d’Abderrazak El Albani nous informe que la vie détient probablement plus de potentialités d’évolution que ce que l’on croyait jusqu’ici. Même s’il convient encore de rester très prudent sur les déductions qui peuvent être effectuées sur une découverte si récente.

Il est très intéressant qu’un tel « coup de tonnerre » dans l’histoire de la vie, comparable à celui que représenterait la découverte d’un moteur de voiture au cœur d’une pyramide égyptienne (si on voulait faire une comparaison avec l’histoire humaine) ait été effectuée par un chercheur issu de la « diversité ». Sans vouloir « ethniciser » cette découverte, à ma connaissance, c’est, au niveau mondial, la plus grande découverte paléontologique jamais effectué par un chercheur « d’origine » arabe. Alors que de nombreuses personnalités dans les domaines de la chimie, de la physique, de l’astronomie, des mathématiques, de la médecine sont issues de pays musulmans ou arabes, force est de constater, que dans une discipline comme la paléontologie, les talents se font plutôt rares. Peut-être faut-il y voir la difficulté qu’a eu au XXe siècle le monde arabo-musulman, au passée scientifique pourtant prestigieux, à intégrer la théorie de l’évolution, ainsi que l’évoque l’excellent ouvrage de Nidhal Guessoum, « Réconcilier l’Islam et la science moderne. L’esprit d’Averroès ».

C’est pourquoi, nous ne pouvons qu’espérer que cette découverte d’Abderrazak El Albani suscite de nombreuses vocations paléontologiques après des jeunes étudiants arabes ou musulmans dans le monde.

Il important de préciser que faire valider cette découverte ne fut pas facile pour son auteur. Comme il le raconte dans « Le monde » du 3 juillet qui fit sa couverture sur cette découverte :
« Cela n’a pas été toujours facile. Par moments, nous avons été quelque peu maltraités. Certains m’ont vraisemblablement pris pour un fou. Un autre m’a demandé où j’avais « acheté les fossiles »… Nous avons eu face à nous des paléontologues et des paléobiologistes qui étaient totalement hermétiques et fermés. »
Il a fallu 2 ans de vérification afin que l’article annonçant cette remarquable découverte soit publié dans la prestigieuse revue scientifique « Nature » du 1er juillet 2010.

On ne peut que féliciter Abderrazak El Albani de sa persévérance et surtout de son ouverture d’esprit. Le plus extraordinaire en effet, réside dans le fait que de nombreux spécialistes avant lui ont procédé à des fouilles de cette même carrière de grès, à la recherche de roches très anciennes à analyser. Il est donc extrêmement probable que certains d’eux aient aperçu ces fossiles, mais sans trop y croire, pensant qu’il s’agissait d’une illusion. Car selon ces chercheurs, il est impossible qu’ une roche de 2,1 milliards d’années contienne des formes de vie macroscopique. Cette belle aventure est donc une incitation à lutter contre les idées préconçues et les dogmes établis car comme le dit Abderrazak El Albani : « nous autres scientifiques sommes parfois trop formatés par les livres. Nous avons malheureusement tous tendance à trop faire confiance à ce que nous ont appris nos professeurs. Il faut bien sûr de la connaissance, mais il faut aussi de la curiosité. Les fossiles étaient là, il fallait vouloir les voir.
Si on n’arrive pas quelque part avec la volonté de dépasser le dogme, on peut piétiner des dizaines de spécimens sans s’en rendre compte et sans rien en faire. »

Par Jean Staune, publié dans oumma.com, le 16 juillet 2010.

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Tentation créationniste en islam https://islam-science.net/fr/tentation-creationniste-en-islam-759/ Fri, 23 Aug 2013 08:09:21 +0000 http://islam-science.net/?p=759 Après avoir miné la culture américaine, le créationnisme se propage désormais en Europe et au-delà. Introduite à l’école et à l’université, la narration biblique aspire au statut de science et s’oppose désormais de manière frontale à la théorie de l’évolution biologique. Ainsi le créationnisme «scientifique» cherche à coller au calendrier biblique en datant l’âge du monde à quelque 6 000 ans. Il rejette le processus évolutif qui fait émerger la vie il y a 3,4 milliards d’années et compte l’hominisation non pas en milliers mais en millions d’années.

Le créationnisme «évangélique» ou «scientifique» n’est pas issu d’une génération spontanée : son évolution depuis un quart de siècle est étroitement corrélée au milieu favorable des présidences républicaines de Ronald Reagan et des Bush père et fils. De plus, les nouvelles narrations qu’il déploie se sont ajoutées aux assauts déconstructifs d’une certaine sociologie et philosophie des sciences. En effet, tout un courant intellectuel a voulu voir dans la science une «construction sociale» parmi d’autres où le «tout est bon» est de circonstance. C’est donc dans un contexte postmoderne désabusé, marqué par une persistante inculture scientifique, que s’affirme un fondamentalisme chrétien en phase avec la montée en puissance d’un néoconservatisme politique.

Plutôt que d’appréhender les résonances philosophiques anciennes et fécondes entre science et religion, des extrémistes en tous genres ont polarisé le débat autour de deux discours fondamentalistes ; celui, d’une part, des créationnistes et des adeptes du «dessein intelligent» ; et celui, d’autre part, des matérialistes durs et autres athées militants qui rêvent de sciences encore plus «inhumaines» à l’ère marchande du tout-génétique. Entre ces deux pôles, une gamme riche de positions intellectuelles tend à réfuter à la fois l’interprétation littérale et univoque du texte biblique et celle du matérialisme dur héritier du positivisme et du scientisme du XIXe siècle. Or ces deux polarisations idéologiques ont été invalidées par près d’un siècle de révolutions et de bouleversements conceptuels autour de nouveaux paradigmes scientifiques. L’incomplétude et le chaos mathématiques, l’incertitude physique, la complexité biologique ont définitivement montré le caractère illusoire des considérations néocréationnistes et hypermatérialistes sur la science.

En 2007, après l’ouverture du «musée de la Création» de Cincinnati (Ohio), l’événement le plus spectaculaire fut la percée créationniste en milieu musulman. Un auteur turc, Harun Yahya, s’est fait connaître en offrant à d’innombrables institutions scolaires et universitaires d’Europe et d’Amérique un luxueux et volumineux pavé intitulé Atlas de la Création. Il serait sans doute un personnage insignifiant s’il n’avait pas des moyens financiers considérables au service de sa détermination à faire bannir de l’enseignement secondaire l’étude de l’évolution et du darwinisme (qu’il pense être à l’origine du communisme et du nazisme).

En niant l’évolution biologique, Yahya a repris les clichés et l’argumentaire des créationnistes américains qui «croient» que les êtres vivants «naquirent spontanément et complètement formés». Faut-il rappeler qu’en islam, l’évolution et la contingence sont inscrites au coeur même de la révélation coranique qui n’est d’ailleurs pas descendue de manière «complètement formée» ? Ainsi selon la tradition islamique (Sunna), la parole divine ne fut pas divulguée au prophète Mohammed d’un seul jet : les versets coraniques qui constituent le livre saint des musulmans ont été révélés par fragments tout au long d’une période historique qui a duré vingt-trois années. La raison coranique est donc éminemment évolutive et non linéaire. Par ailleurs, même en admettant une création divine du monde, une différence de fond persiste entre le créationnisme fixiste propre au protestantisme et la conception islamique où Dieu travaille continuellement à sa création. En islam, l’évolution n’a jusqu’ici jamais été pensée comme incompatible avec une création d’ordre divin. D’illustres philosophes, du VIIIe au Xe siècle, ont développé une pensée naturaliste marquée par l’évolution. On rappellera encore que cinq siècles avant Darwin l’historien maghrébin Ibn Khaldoun évoquait une origine primate à l’homme.

En islam, il n’y a pas, même chez les plus traditionalistes, d’opposition à la science. L’écueil théorique principal auquel sont confrontés les scientifiques est la proclamation que toute la science est contenue dans le Coran. Les théologiens ne soupçonnent pas qu’ils basculent ainsi dans une désacralisation inouïe en affirmant que la science passée et à venir (connaissance dont on sait depuis Karl Popper qu’elle est par définition réfutable) figure dans un Coran éternel. Plutôt que de voir ce qui, dans la révélation coranique, précise une manière de voir le monde encourageant la connaissance scientifique, ces théologiens cherchent à valider les découvertes scientifiques par versets interposés – et vice versa – et se complaisent dans la rumination intellectuelle du «miracle scientifique» du Coran.

Mais le second écueil théorique, beaucoup plus pernicieux, est cette importation américaine que représente le créationnisme véhiculé par une vulgarisation de caniveau et doté de leviers financiers conséquents. Ce credo fixiste s’avère en réalité un cheval de Troie en islam où l’on promeut une fausse science adossée à une religion de pacotille. L’islam, monothéisme qui a naguère favorisé l’essor des sciences, ne peut se permettre cet entrisme interreligieux qui ressemble à une nouvelle affaire Galilée.

Par RÉDA BENKIRANE, publié dans Libération, le 22 février 2008.

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Créationnisme en islam, une aberration https://islam-science.net/fr/creationnisme-en-islam-une-aberration-757/ Fri, 23 Aug 2013 08:06:15 +0000 http://islam-science.net/?p=757 De récents sondages confirment qu’aux États-Unis les deux tiers de la population croient que le récit biblique est la description correcte de l’engendrement du monde (en six ou sept jours, il y a quatre mille ou six mille ans, c’est selon) et que toutes les espèces vivantes ont vu le jour « soudainement » et « complètement formées » : le créationnisme dit « évangélique » ou « scientifique » a bel et bien triomphé dans ce pays.

Qu’en est-il pour l’islam ? En 2007, encouragé par le succès du créationnisme évangélique, Harun Yahya publiait un Atlas de la création, ouvrage volumineux, richement illustré, massivement distribué. L’auteur turc, se réclamant de l’islam sunnite, y reprend tout l’argumentaire des créationnistes à l’exception de l’âge de l’Univers qu’il concède dater en milliards d’années.

Or, l’importation en islam du créationnisme évangélique et de sa vision fixiste constitue une aberration mentale et une involution dans l’histoire intellectuelle contemporaine. Tout d’abord, soulignons que l’évolution biologique ne crée pas d’impasse métaphysique particulière aux musulmans. S’il y a un problème d’opposition théologique entre création et évolution dans le christianisme, c’est que « Dieu créa l’homme à son image » (Genèse 1, 26-27).

Or cette divinisation de l’homme n’a pas d’équivalent en islam. Le Créateur y reste incommensurable, inconnaissable, quand « Il n’engendre pas et n’est pas engendré » et que « nul n’est égal à Lui » (Coran : 112, 1-4).

En islam, Dieu paraît certes abstrait pour l’homme mais il reste « plus près de lui que sa veine jugulaire » (Coran : 50, 16) quand il est « le premier et le dernier, l’apparent et le caché » (Coran : 58, 3). L’omniprésence et l’omnipotence divines déterminent la création cosmique en un phénomène récurrent indéfini qui nourrit un flux constant de nouveauté en structures et créatures. La notion théologique de renouvellement de la création (tajdid al-khalq ) est ici spécifique de la tradition islamique. C’est parce que « tout ce qui est sur Terre est périssable » que le processus de création est en fait une re-création permanente (« Chaque jour, Il est à la tâche », Coran : 55, 29). Création divine et évolution biologique ne s’excluent donc pas l’une l’autre.

Par ailleurs, on trouve chez divers penseurs islamiques médiévaux une vision naturaliste teintée d’évolutionnisme. Ainsi le zoologiste Al Jahiz (776-868) dans son Livre des animaux dresse une anthologie animalière où est évoquée une évolution articulée selon trois mécanismes principaux (la lutte pour l’existence, la transformation d’espèces vivantes, l’influence de l’environnement naturel) marquant l’unité de la nature et les rapports entre divers groupes d’êtres vivants. Cette même pensée naturaliste décrivant une évolution globale impliquant le minéral, le végétal et l’animal se retrouvera entre autres chez le philosophe et historien iranien Ibn Miskawayh (930-1030) et surtout au Xe siècle dans l’encyclopédie philosophique et religieuse des Frères de la pureté (Épîtres des Frères de la pureté ). L’idée principale de cette pensée médiévale est que les groupes d’êtres parcourent dans l’engendrement de leurs formes définitives une évolution qui va du simple au complexe, passant par les quatre éléments (feu, terre, air, eau), les quatre natures (chaud, froid, sec, humide), et leurs combinaisons poursuivent encore la différenciation en règnes minéral, végétal et animal, et précisent indéfiniment la spéciation du vivant.

Dans sa description naturaliste, l’historien maghrébin Ibn Khaldoun (1338-1405) recourt aux notions d’ordre, de structure, de plan, de « rapports entre les êtres et des permutations réciproques », de « progrès graduel de la Création » et de « continuum des êtres vivants » et écrit sereinement, quelque cinq siècles avant Darwin, que « le plan humain est atteint à partir du monde des singes (qirada) » ou encore que « le premier niveau humain vient après le monde des singes ».

Derrière la fausse science et la religion de pacotille d’un Harun Yahya, il y a des moyens financiers considérables et une détermination à militer contre l’enseignement de la biologie de l’évolution qui doit nous alerter.

By Réda Benkirane, published in La Recherche, March 1st 2008.

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La montée du créationnisme musulman https://islam-science.net/fr/la-montee-du-creationnisme-musulman-752/ Fri, 23 Aug 2013 07:55:34 +0000 http://islam-science.net/?p=752 Les populations des pays musulmans ne sont pas hostiles à la science, mais elles rejettent globalement la théorie de l’évolution. En cause : une confusion entre darwinisme et matérialisme, habilement entretenue par des intégristes très actifs.

Début 2007, biologistes et anthropologues des universités américaines ont reçu en cadeau un ouvrage de 850 pages qu’ils n’avaient pas demandé : l’Atlas de la Création, écrit par un musulman créationniste, Adnan Oktar sous le pseudonyme d’Harun Yahya. Un envoi analogue avait été fait en France un an auparavant. Cette campagne est un signe : ces vingt dernières années, la controverse au sujet de l’enseignement de l’évolution s’est surtout développée aux États-Unis, mais la prochaine grande bataille à ce sujet devrait se dérouler dans le monde musulman (c’est-à-dire dans les pays à majorité musulmane, mais aussi dans les pays où il y a de fortes minorités musulmanes). Ces pays constituent un terreau fertile pour le refus de l’évolution en raison de la faiblesse du niveau d’éducation et de l’absence de connaissances suffisantes des idées évolutionnistes. Par ailleurs, il existe déjà un mouvement créationniste islamique dont l’influence devient de plus en plus grande [1].

L’évolution biologique reste un concept relativement nouveau pour la majorité des musulmans, et aucun débat sérieux sur sa compatibilité avec la religion n’a encore eu lieu. Il est probable que l’opinion publique se formera sur cette question dans les dix prochaines années, en raison de l’élévation du niveau d’éducation dans le monde musulman et de l’importance croissante des sciences biologiques.

Tout comme il n’existe pas d’islam monolithique, il n’y a pas non plus d’opinion « officielle » sur l’évolution. En effet, il existe dans le Coran des versets qui parlent de la création de l’Univers, ainsi que des êtres vivants sur Terre, mais les détails spécifiques n’y sont souvent pas exposés. Par exemple, la narration de la création dans le Coran comporte une version de la création en 6 jours. La longueur de chaque jour n’est cependant pas précisée de manière claire. Un des jours a été défini comme « ayant la durée de mille ans, selon votre calcul » [2] ou comme « un jour dont la durée est de cinquante mille ans » [3]. L’ambiguïté qui en résulte laisse ouverte la possibilité d’une Terre très vieille. En fait, le créationnisme « Jeune-Terre » * est absent du monde musulman, et l’idée d’un Univers âgé de milliards d’années est communément acceptée. Au sujet de l’évolution biologique, les universitaires musulmans, ainsi que les écrivains célèbres soutiennent des opinions diverses qui représentent un large spectre d’idées culturelles et politiques, de la Turquie laïque jusqu’à la monarchie conservatrice d’Arabie saoudite en passant par les diasporas musulmanes d’Europe et des États-Unis.

La plupart du temps, l’opposition à l’évolution n’est pas liée à un verset du Coran en particulier, mais plutôt à la menace sociale et culturelle que cette théorie représente pour les musulmans. Adnan Oktar a largement emprunté sa « science » à l’Institute for Creation Research et, plus récemment, au mouvement du « dessein intelligent » aux États-Unis [4]. Son organisation, basée en Turquie, a produit des documentaires anti-évolutionnistes, des centaines de pamphlets, des livres, et les a rendus accessibles au téléchargement gratuit sur son site Internet [5] . Comme l’idée d’une Terre ancienne n’est pas controversée parmi les musulmans, il installe sans difficulté le créationnisme biologique dans un Univers âgé de milliards d’années. Son opposition se focalise plutôt sur le risque social et culturel posé par l’évolution qui se traduit par une tendance au matérialisme et à l’athéisme.

Théorie ou idéologie

Certains éminents universitaires musulmans enseignant dans des institutions occidentales rejettent aussi l’évolution. Par exemple, Seyyed Hossein Nasr, professeur d’études islamiques à l’université George Washington, considère la théorie de l’évolution comme une idéologie : « La théorie de l’évolution est le piquet de la tente qu’est le modernisme. Si elle venait à tomber par terre, la tente entière s’écroulerait sur la tête du modernisme. Par conséquent, on la conserve en tant qu’idéologie et non en tant que théorie scientifique qui a été prouvée [6]. »

Beaucoup d’autres, toutefois, acceptent des interprétations diverses de l’évolution. Souvent, ils trouvent une justification de leur acceptation dans le contexte du Coran ou en attribuant la théorie à des philosophes musulmans de l’époque médiévale. Par exemple, le philosophe et poète indien Mohammed Iqbal, alors qu’il avait approuvé à contrecoeur l’évolution, en crédita Al-Jahiz, un philosophe du IXe siècle, et qualifia le penseur du XIe siècle Ibn-Miskawayh de « premier penseur musulman à apporter une théorie claire et profondément moderne en beaucoup de points sur l’origine de l’homme » [7]. De fait, quelques philosophes musulmans du Moyen Âge ont développé des théories connues à leur époque sur l’origine commune des espèces, mais aucun n’a postulé de mécanisme semblable à la sélection naturelle.

Cependant, la plupart du temps, ces approches excluent l’évolution humaine. Certains ont toutefois emprunté des voies ingénieuses pour réconcilier l’islam avec les preuves de l’existence d’anciennes espèces d’hominidés. Par exemple, Maurice Bucaille, célèbre dans le monde musulman pour son livre affirmant qu’une grande partie des découvertes scientifiques modernes avaient déjà été mentionnées dans le Coran, accepte l’évolution animale jusqu’aux premières espèces d’hominidés. Il conçoit ensuite séparément une autre branche d’évolution des hominidés qui conduirait aux humains modernes [8]. Ces idées évolutionnistes sont bien loin de la théorie de l’évolution acceptée par les biologistes du monde entier.

Par ailleurs, de nombreux universitaires biologistes et médecins musulmans acceptent l’évolution de façon similaire aux scientifiques religieux orientaux. Bien qu’ils soient peu nombreux, cette population éduquée représente une minorité qui peut influencer les décisions politiques.

On ne connaît que très peu l’opinion générale sur la science dans les pays musulmans, et encore moins celle sur la question spécifique de l’évolution. Une enquête récente sur l’acceptation de l’évolution par la population dans 34 pays inclut un pays musulman, la Turquie [9] . L’étude a révélé qu’environ 25 % des Turcs sont d’accord avec l’énoncé « Les êtres humains comme on les connaît se sont développés à partir d’espèces animales antérieures », ce qui est bien au-dessous du chiffre atteint aux États-Unis (40 %). Ce résultat est on ne peut plus inquiétant quand on sait que la Turquie est l’un des pays musulmans les plus éduqués et l’un des plus laïcs.

Récemment, une étude sociologique analysant les comportements religieux dans des pays musulmans (Indonésie, Pakistan, Égypte, Malaisie, Turquie, et Kazakhstan) comportait une question sur l’évolution comme un exemple d’idée qui contredit une « conviction religieuse fondamentale largement partagée par les musulmans » [10] . Les personnes interrogées devaient répondre à la question : « Êtes-vous d’accord ou non avec la théorie de l’évolution établie par Darwin ? » Seuls 16 % des Indonésiens, 14 % des Pakistanais, 8 % des Égyptiens, 11 % des Malaisiens, et 22 % des Turcs pensent que la théorie de Darwin est vraie ou probablement vraie [fig. 1]. L’ancienne république soviétique du Kazakhstan, qui montre des différences de comportements religieux par rapport aux autres pays de l’étude, présente la plus grande proportion d’acceptation de la théorie de l’évolution. En fait, seuls 28 % des Kazakhs pensent que la théorie de l’évolution est fausse, pourcentage plus bas que celui de la population américaine (40 %).

Ces résultats dressent un tableau déprimant. Cependant, la question concernant l’évolution reste fortement liée à la manière dont est comprise la notion d’évolution par les personnes interrogées. Cela constitue notamment un problème lorsque, dans le monde musulman, beaucoup, voire presque tous, confondent évolution et athéisme, et considèrent que l’évolution est nécessairement opposée à la religion.

L’évolution au lycée

Aussi, bien que les résultats de l’enquête puissent sembler indiquer une situation désespérée, la réalité du terrain est plus compliquée. Le programme des lycées de nombreux pays musulmans comporte de la biologie évolutionniste. Les académies des sciences de 14 pays musulmans, dont le Pakistan, l’Iran, la Turquie, l’Indonésie et l’Égypte, ont récemment conclu un accord en faveur de l’enseignement de l’évolution, incluant l’évolution humaine, par l’intermédiaire de l’Interacademy Panel (IAP), réseau mondial des académies scientifiques [11].

Toutefois, la biologie (comme les autres matières) est souvent enseignée dans un cadre profondément religieux. Par exemple, au Pakistan, où il n’existe pas de séparation entre religion et État, le but du programme national de biologie des classes de 3e à la terminale est de « rendre les élèves capables de reconnaître que Dieu (…) est le Créateur et le Gardien de l’Univers », et les manuels scolaires contiennent les versets du Coran relatifs à l’origine et à la création de la vie. Les manuels de biologie contiennent un chapitre sur l’évolution, et la théorie évolutionniste y est présentée comme un fait de science. Néanmoins, dans le manuel de biologie destiné aux classes terminales, l’épigraphe du chapitre sur l’évolution est le verset coranique « c’est Lui qui vous a créés à partir d’un être unique [12] ». En dehors de cette épigraphe, il n’y a aucune référence religieuse à la création ou à l’évolution dans les autres chapitres, ni dans les questions proposées en ouverture [13]. Bien que la théorie de l’évolution soit présentée comme un fait, en dépit du texte de l’IAP, l’évolution humaine n’est pas mentionnée dans ces manuels. Les chapitres complémentaires sur l’évolution soulignent, en revanche, les orientations pratiques de la biologie comme la santé, l’environnement ou les biotechnologies.

Entre Islam et Science

Anila Asghar et Brian Alters, de l’université McGill à Montréal, ont récemment interrogé 18 professeurs de science dans des écoles pakistanaises situées à Karashi et Lahore. Ils ont trouvé que tous préféraient l’utilisation d’explications religieuses de la création du monde, mais la plupart présentaient à leurs élèves les deux perspectives, scientifique et religieuse, lorsqu’ils enseignaient l’évolution biologique [14]. La plupart (14 sur 18) acceptaient, ou du moins tenaient pour possible, l’évolution des organismes ; mais en même temps, 15 sur 18 rejetaient l’évolution des êtres humains. Tous s’accordaient sur le point qu’il n’existe aucune contradiction entre islam et science.

On a aussi retrouvé ces attitudes contradictoires dans une récente étude sur 25 élèves d’universités musulmanes venus de Turquie ou du Maroc et qui étudiaient différentes disciplines aux Pays-Bas. La plupart d’entre eux acceptaient la microévolution, mais presque tous contestaient la macroévolution. Ils reliaient en effet cette idée à des inclinations athéistes mais aussi au fait qu’il serait peu probable que des espèces complexes apparaissent simplement sous l’effet de mutations au hasard. Toutefois, aucun d’entre eux n’a émis de sentiment hostile à la science, ni n’a entrevu de tension significative entre islam et science [15].

Il paraît donc nécessaire que le message sur l’évolution dans le monde musulman soit formulé de manière à souligner les applications pratiques et montrer que cette théorie constitue le fondement de la biologie moderne – et ainsi tirer parti de l’existence d’une attitude favorable à la science [16]. Les académies nationales des pays musulmans auront besoin d’adapter les spécificités du message aux réalités politiques et culturelles de leurs pays respectifs. Dans le monde musulman, la religion joue un rôle très important sur la scène sociale et culturelle, et par conséquent, nos discussions avec la population doivent en tenir compte. En tant que scientifiques, nous devons présenter, sans compromis, la meilleure science possible. Les idées évolutionnistes sur les origines de l’être humain doivent peut-être faire face à de nombreux obstacles, mais on peut encore croire à la possibilité d’un accord pacifique avec la religion. Malgré tout, les initiatives qui relient évolution et athéisme risquent de couper court au dialogue, et une large majorité de musulmans rejetteront alors l’évolution.

By Salman Hameed, Published in La Recherche, May 1st 2009.

CONTEXTE Début 2009, le vice-président du Conseil de la recherche scientifique et technologique turc, qui édite le magazine Science et Technique, a demandé la suppression d’un article de 16 pages consacré à Darwin. Ce cas de censure n’est pas isolé en Turquie. En 2008, des groupes créationnistes étaient parvenus à faire bloquer légalement l’accès au site Internet de l’évolutionniste britannique Richard Dawkins. Après les pays de tradition chrétienne, États-Unis en tête, les opposants à la théorie de l’évolution ont ouvert un front dans le monde musulman.

[1] R. L. Numbers, The Creationists : From Scientific Creationism to Intelligent Design, Harvard Univ. Press, Cambridge, 2006.

[2] Le Coran, sourate 70, verset 4.

[3] Le Coran, sourate 32, verset 5.

[4] T. Edis, An Illusion of Harmony : Science & Religion in Islam, Prometheus Books, 2007.

[5] harunyahya.com

[6] S. H. Nasr, Islam Sci., 4(2), 181, 2006.

[7] M. Iqbal, The Reconstruction of Religious Thought, Lahore Printing Press, 1930.

[8] M. Bucaille, L’Homme, d’où vient-il ?, Seghers, 2001.

[9] J.D. Miller et al., Science, 313, 765, 2006.

[10] R. Hassan, Muslim World, 97, 437, 2007.

[11] Communiqué de l’Interacademy Panel (IAP) sur l’enseignement de l’évolution, 2006, www.interacademies.net/?id=6159

[12] Le Coran, sourate 6, verset 98.

[13] Punjab Textbook Board, Biology, 12, Lahore, Pakistan, 2003, p. 222.

[14] A. Asghar et B. Alters, Proceedings, National Association for Research in Science Teaching (NARST) Conference, New Orleans, LA, du 15 au 18 avril 2007.

[15] D. Koning, ISIM Rev., 18, 48, 2006.

[16] M. C. Nisbet et C. Mooney, Science, 316, 56, 2007.

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