Univers & Astronomie – Islam & Science https://islam-science.net An Educational Approach Sat, 30 Nov 2013 10:23:27 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.5.20 Le cosmos de l’islam https://islam-science.net/fr/le-cosmos-de-lislam-1866/ Wed, 04 Dec 2013 00:00:09 +0000 http://islam-science.net/?p=1866 Aux VIIIe et IXe siècles, le monde musulman du califat abbasside découvrit la philosophie et la science, après un effort de traduction systématique des sources de l’antiquité, principalement grecques, et entreprit de poursuivre le développement de ces connaissances. Il lui fallut aussi gérer les apparentes contradictions entre les interprétations du Coran et les données de la philosophie. Néanmoins, loin d’être un frein, l’encouragement du Coran à la contemplation du monde, et le scepticisme vis-à-vis de la philosophie aristotélicienne, permirent l’autonomisation des sciences et le développement de l’observation. La conférence retracera quelques aspects de ce rapport à la science, sous l’angle particulier de l’astronomie, et décrira certains des débats actuels dans le monde musulman, partagé entre le souhait de participer à l’effort scientifique international, et celui de définir, pour son compte, les contours d’une « science islamique » sur laquelle il n’y a pas de consensus.

Cycle de conférences IESR/IAP 2013 « Le ciel entre science et religions »

Bruno Guiderdoni, Observatoire de Lyon, CNRS

Conférence du 21 mai 2013 à l’IAP

]]> Dans l’attente d’un calendrier lunaire… https://islam-science.net/fr/dans-lattente-dun-calendrier-lunaire-1205/ Mon, 09 Sep 2013 05:00:54 +0000 http://islam-science.net/?p=1205 Les mêmes lois de la physique gouvernent le mouvement des astres dans l’univers, celui de la Lune autour de la planète Terre comme celui de la Terre autour de l’étoile du système solaire, le Soleil que Copernic avait placé au centre de l’univers pour « illuminer le tout simultanément ».

Astronomie du Ramadan

La science du XXème siècle banalise le statut privilégié que la révolution copernicienne avait attribué au Soleil et qui avait eu tant de mal à être accepté. Rappelons-nous du procès de Galilée en 1633 par l’autorité religieuse et de l’interdiction, jusqu’en 1822, des ouvrages traitant de l’immobilité du Soleil et de la mobilité de la Terre. Aujourd’hui, le Soleil n’est plus qu’une étoile banale parmi les milliards d’étoiles peuplant l’univers. De plus, la science du XXème siècle a montré les limites de la loi de la gravitation de Newton et la nécessité de recourir à la relativité générale d’Einstein dans certaines circonstances physiques pour analyser les structures à grande échelle, planètes, étoiles, galaxies… Des moyens d’investigation de plus en plus sophistiqués sont mis en œuvre pour percer les mystères de l’univers, télescopes couvrant les différents domaines d’énergie sur Terre, satellites d’observation et sondes spatiales envoyées jusqu’aux confins du système solaire.

L’astronomie bénéficie des technologies les plus avancées au niveau des mesures comme à celui des moyens de calcul. Et pourtant, une question reste toujours posée, celle de la détermination du début et de la fin du mois de ramadan, basée sur l’apparition du nouveau croissant de lune: détermination à partir des calculs scientifiques définissant à l’avance le calendrier lunaire ou observation visuelle du nouveau croissant? La communauté musulmane est toujours partagée entre ceux qui ne voient aucun obstacle religieux à la prévision scientifique des douze mois lunaires et ceux qui restent attachés à la vision directe du nouveau croissant.

Parmi les nombreux scientifiques qui se sont penchés sur ce problème, citons l’astrophysicien, Nidhal Guessoum qui rappelle que « ni le Coran, ni la Sunna n’imposent de contraintes à l’établissement d’un calendrier islamique » et que le « Coran lui-même ne spécifie aucune règle ou méthode pour la détermination du début d’un mois, qu’il soit ‘sacré’ (le ramadan-mois de jeûne- ou dhû al hijja- mois du hajj, le pèlerinage à la Mecque) ou ordinaire »:

Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes; dis-leur: ‘Ce sont des moyens pour les hommes de mesurer le temps et de déterminer [les dates du] pèlerinage’ (Coran 2-189).

La mesure du temps est liée au mouvement des astres. La Lune, satellite de la Terre est facilement visible sous ses différentes phases et sa rotation cyclique permettait la mise en place d’un calendrier. Mais celle-ci est en réalité complexe étant donné que la durée du mois lunaire varie entre 29,27 et 29,83 jours, impliquant en conséquence des mois de 29 et de 30 jours. Les astronomes musulmans dont Ibn Tariq (VIIIème siècle), Al-Khwarizmi(783-850), Al-Biruni (973-1050), Ibn Yunus (XIème siècle), Nasir al-Din al-Tusi (1201-1274) se sont penchés sur l’établissement des conditions de visibilité du croissant de lune et la détermination de tables de prédictions. Mais leurs préoccupations ne dépasseront pas le cadre scientifique sauf pour une courte période entre le Xème et le XIIème siècle où la dynastie fatimides s’est basée sur un calendrier défini par le calcul astronomique.

Aujourd’hui, le développement de la mécanique céleste et celui des méthodes d’observation et de calculs permettent de résoudre les difficultés rencontrées par les anciens et de définir les positions respectives des astres, Soleil, Lune, Terre, avec une grande précision. La Turquie dispose d’un calendrier islamique défini par la présidence turque des affaires religieuses et prévoyant les dates des mois lunaires jusqu’à 2015. Ce calendrier est adopté par les musulmans d’Asie Mineure et de nombreuses communautés musulmanes de l’Europe de l’Est.

Autre part, des calendriers

D’autres communautés musulmanes ont décidé de mettre à profit les progrès scientifiques en matière d’astronomie pour définir à l’avance l’avènement de la nouvelle lune. C’est le cas de l’Islamic Society of North America (ISNA), qui a adopté depuis 2006 un calendrier islamique basé sur le calcul, impliquant la visibilité de la nouvelle lune en tout point de la Terre, en vue d’annoncer bien à l’avance les dates du début du mois de ramadan et de l’Aïd.

L’ISNA s’est basée sur la déclaration du Conseil du Fiqh d’Amérique du Nord (CFAN) qui a retenu le principe de l’unicité des horizons (matali’e) et affirmé que le Coran n’a pas limité à la vision à l’œil nu l’apparition du nouveau croissant. Considérant son point de vue conforme à la charia islamique, il soutient qu’il suffit que la nouvelle Lune soit observée en un point sur la Terre pour déterminer le début du mois lunaire pour l’ensemble des pays de la planète à partir des calculs astronomiques. Ce principe de « transfert de visibilité » avait été proposé en 2004, par Jamal Eddine Abderrazik . On peut admettre de débuter le mois de ramadan partout dans le monde si la nouvelle lune est observable en un point de la planète, ce qui conduirait à un accord avec les observations du croissant dans 92% des cas. Cela constituerait un grand progrès par rapport à la seconde moitié du XXème siècle, où le taux d’erreurs dans la détermination officielle des « mois religieux » atteint parfois 90% .

En 2007, tout en maintenant le principe d’un calendrier, le CFAN décide de s’aligner sur une décision du Conseil Européen pour la Fatwa et la Recherche (CEFR) et d’utiliser les paramètres du calendrier saoudien d’Umm al Qura pour déterminer le début des mois islamiques, prenant les coordonnées de la Mecque comme référence. Une décision en faveur de l’accord de l’ensemble des musulmans et dont les conséquences sont marginales en ce qui concerne les données, même si elle n’a pas la préférence des astronomes. La situation a quelque peu évolué depuis, le CEFR ayant décidé de fonder ses critères de calcul sur la base de l’observation en un endroit quelconque de la Terre.

Malgré ces hésitations, on assiste à un changement progressif de l’attitude des communautés musulmanes d’Europe et des Amériques en faveur de l’adoption d’un calendrier défini à l’avance, y compris pour les dates associées à un évènement religieux. Le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) a décidé de se joindre à ce point de vue le 9 mai 2013. Un des arguments mis en avant est celui du cadi Shakir, juriste de la première moitié du XXème siècle, qui publia en 1939 une étude sur la problématique du calendrier islamique autour de la question : la charia permet-elle sa détermination sur la base des calculs astronomiques? Le cadi Shakir aboutit à la conclusion que le Prophète a tenu compte du fait que la communauté musulmane (de son époque) était « illettrée, ne sachant ni écrire ni compter » , l’appelant à s’appuyer sur l’observation du croissant naissant pour commencer à jeuner. Depuis, cette communauté a acquis une compétence dans de nombreux domaines, y compris l’astronomie. L’application du droit musulman, selon lequel « une règle ne s’applique plus, si le facteur qui la justifie a cessé d’exister », entraîne que la recommandation du Prophète ne s’applique plus aux musulmans lorsqu’ils ont appris « à écrire et à compter » et ont cessé d’être « illettrés ».

La Tunisie reste dans le « doute »

Quant aux pays arabes, ils préfèrent rester dans la tradition de la « nuit du doute » et suivre l’Arabie Saoudite, qui n’utilise le calendrier d’Umm al Qura (cité plus haut), basé sur les calculs astronomiques, que pour la gestion des affaires administratives du pays. Parmi ces pays, la Tunisie.

Elle n’est pas restée fidèle à l’option de Bourguiba, celle de se baser sur les calculs astronomiques pour tous les mois lunaires. L’abandon des prévisions astronomiques en faveur du principe de la « ro’ya », ainsi que l’interruption des programmes de la radio et de la télévision pour l’appel à la prière, ont été le résultat des concessions faites par Ben Ali aux islamistes dès 1988. La Tunisie rejoignait alors le camp des pays où les lois régissant le comportement des astres sont applicables pour la détermination des heures de prières, mais non valides pour l’apparition du croissant lunaire.

Aujourd’hui, l’ensemble des musulmans fait totalement confiance aux calculs astronomiques pour l’accomplissement des cinq prières. Il ne viendrait à l’idée d’aucun croyant de planter une règle à la verticale et d’évaluer son ombre sur le sol pour savoir quand aura lieu la prière d’al-Asr. Les éphémérides définissent les heures de prière à la minute près en tout point de la planète et pour les années à venir.

On est alors en droit de s’interroger sur la capacité à accepter partiellement les théories scientifiques et l’incohérence qui en découle. Une attitude qui fait réagir Tareq Oubrou, imam de la mosquée de Bordeaux, prônant un islam moderne: « Enfin! C’est une révolution copernicienne! Il aura fallu attendre le XXIe siècle pour parvenir à ça. En fondant nos dates du ramadan sur la simple observation du croissant de lune, nous avons donné une image ridicule de notre religion. Surtout quand on sait le rôle de l’astronomie dans notre culture. En Turquie, le choix des dates du ramadan se fait selon les calculs depuis Atatürk [Premier président de la Turquie, de 1923 à 1938]. Nous ne sommes plus au désert… ».

Par Faouzia Farida Charfi, publié dans Al Huffington Post, le 9 juillet 2013.

Ancienne professeur à la Faculté des Sciences de Tunis, à l’Institut Préparatoire aux Etudes Scientifiques et Techniques et à l’Ecole Polytechnique de Tunisie, Faouzia Charfi, retraitée depuis 2002, a également été Secrétaire d’Etat à l’Enseignement Supérieur du Gouvernement provisoire (18-01-2011 / 01-03-2011).

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L’Univers a-t-il été créé pour l’homme ? Les réponses de la science moderne et de l’Islam https://islam-science.net/fr/lunivers-a-t-il-ete-cree-pour-lhomme-les-reponses-de-la-science-moderne-et-de-lislam-784/ Fri, 23 Aug 2013 21:15:48 +0000 http://islam-science.net/?p=784 Imaginez que vous soyez condamné à mort et qu’on s’apprête à vous exécuter. Vos yeux ont été bandés, vous êtes attaché au pilon, face à une dizaine de tireurs d’élite. L’ordre de tirer est donné. Vous entendez les coups de feu, mais quelques secondes plus tard, vous vous apercevez que rien ne vous est arrivé. Vous êtes sain et sauf, tous les tireurs vous ont complètement « raté ». Quel est alors votre réaction ? Vous en concluez : « Il n’y a rien à expliquer, je suis là, un point c’est tout », ou vous affirmez plutôt : « Il y a quelques chose derrière cela, d’une manière ou d’une autre, ma vie qui a été prolongée, a été voulue et soigneusement… exécutée ? »

C’est la métaphore utilisée par le philosophe John Leslie, pour expliquer la situation équivalente dans laquelle se trouve l’humanité : si les lois et les paramètres de l’Univers avaient été tirés au hasard, la probabilité que la vie apparaisse, et encore moins que l’intelligence et la conscience soient présentes pour se poser de telles questions, aurait été infiniment faible : un zéro suivi de dizaines ou centaines de zéros après la virgule avant d’atteindre le 1…

Donnons quelques exemples simples. Si la gravitation avait été très légèrement plus faible dans l’univers, les étoiles ne se seraient jamais formées, et le carbone, l’oxygène et autres éléments nécessaires à la vie, et donc à notre existence, n’auraient pas été formés. Si la gravitation avait été même légèrement plus forte qu’elle ne l’est, l’univers se serait effondré sur lui-même et n’aurait jamais formé de grandes structures (galaxies, étoiles, planètes).

Un second exemple relève de l’électricité : si celle-ci (représentée par la charge élémentaire de l’électron) avait été légèrement plus faible qu’elle ne l’est, les réactions chimiques, trop lentes, n’auraient pas pu produire des molécules complexes (jusqu’à l’ADN). Et si elle avait été trop forte, les réactions chimiques n’auraient pas pu avoir lieu, car elles auraient nécessité beaucoup trop d’énergie (non disponible).

Que conclure ? Nous sommes là au sein de cet Univers, qu’il convient d’accepter sans plus ? Ou bien qu’il existe un principe qui a permis que l’Homme puisse apparaître et être en harmonie totale avec le cosmos tout entier ? Cette constatation et cette conclusion ont donné naissance à ce fameux « principe anthropique » qui indique que : soit un Créateur habile a bien planifié notre émergence, soit que nous sommes dans l’univers parmi des milliards de milliards d’univers tous différents, tous stériles sauf le nôtre. Le fait qu’il existe un « ticket gagnant » parmi les milliards de tickets non gagnants ne doit pas nous faire réfléchir outre mesure.

Malgré la controverse qui l’entoure et les vives réactions qu’il a suscitées depuis son émergence il y a maintenant deux décennies, il n’est pas exagéré de dire que le Principe Anthropique a constitué un nouveau paradigme philosophico-scientifique, ainsi qu’ une nouvelle plate-forme et dynamique de dialogue entre la Science et la Religion (toutes deux définies de manière générale).

Citons à ce titre Nicola Dallaporta (Physicien théoricien, Professeur émérite à l’Université de Padoue) : « […] la reconnaissance du principe anthropique devrait être considérée comme un moment décisif dans le développement de la science, ouvrant de nouvelles voies vers des aspects inconnus de l’Univers… ».

George V. Coyne (astronome, Université de l’Arizona) affirme quant à lui « […] je crois […] que le principe anthropique a non seulement constitué un stimulant de recherche en cosmologie, mais qu’il fournit un point de rencontre passionnant entre la théologie et les sciences et qu’il a certainement servi à réintégrer le facteur être humain qui, pendant des siècles, a été exclu des sciences physiques. » (Voir “Le Principe Anthropique : L’Homme est-il le centre de l’Univers ?”, de J. Demaret et D. Lambert, Armand Colin, Paris, 1994).

Il est intéressant de noter que l’énoncé du principe anthropique a été formellement présenté par le physicien Brandon Carter en 1973, à l’occasion du 500ème anniversaire de Copernic, qui avait commencé la « rétrogradation » de l’Homme, qui occupait auparavant une place centrale dans l’Univers.

Il est également certain que le camp religieux y a trouvé un point d’appui et une justification de son principe fondamental selon lequel les questions qui relèvent de l’existence, aussi bien de l’Univers, de la Vie, que de l’Homme ne peuvent pas être monopolisées par la Science, mais qu’en fait, des considérations « métaphysiques », ou du moins « anthropiques », peuvent légitimement être introduites dans ce type de débats.

Les musulmans ont plutôt réagi tardivement à ce développement important, et ce pour plusieurs raisons. Ces derniers ont toujours souscrit au « Design Argument » (selon lequel tout dans la nature pointe vers un Créateur) en puisant dans leur Livre maintes directives à cet égard. Ils n’ont donc pas vu la résurgence de cet argument par le biais du principe anthropique comme un développement notable. D’un autre coté, ce nouveau paradigme philosophico-scientifique a été délibérément évacué par certaines écoles de pensée islamiques dont le programme intellectuel et philosophique est radicalement différent (qui prône, par exemple, le développement d’une « science sacrée » qui se démarque clairement de la « science moderne, occidentale ». Celle-ci ne pouvant, selon ces derniers fusionner ou même accommoder le théisme et la révélation).

Notons enfin, le dilemme auquel ont été confrontés les scientifiques et philosophes musulmans qui se veulent fidèles à leur tradition : le principe anthropique sous-entend et englobe le principe d’évolution à toutes les époques de l’existence, depuis le moment de la création de l’univers jusqu’au futur, y compris bien sûr l’émergence de l’homme par les processus évolutifs que préconise la science moderne.

Le Coran et la tradition islamique regorgent d’arguments du type « design » et peut-être même quelques allusions à des principes anthropiques. Nous citerons d’abord pour exemple quelques versets coraniques :

Ne voyez-vous pas qu’Allah vous a assujetti ce qui est dans les cieux et sur la terre ? Et Il vous a comblés de Ses bienfaits apparents et cachés. Et parmi les gens, il y en a qui disputent à propos d’Allah, sans science, ni guidée, ni Livre éclairant. (31 : 20)

Celui Qui a créé et agencé harmonieusement, Qui a décrété et guidé… (87 : 2-3)

Celui qui a créé sept cieux superposés sans que tu voies de disproportion en la création du Tout Miséricordieux. Ramène [sur elle] le regard. Y vois-tu une brèche quelconque ? (67 : 3)

Se référant au Coran, les théologiens musulmans n’ont jamais ignoré les considérations de design (planification soignée, en l’occurrence par un Créateur) et même anthropistes. Jaafar Sheikh Idrees, un philosophe musulman contemporain, voit dans l’harmonie qui existe entre les créatures du monde une des preuves de l’existence de Dieu. Il dénomme cet argument « Dalil al-`Inaya » (l’argument de providence).

En fait Idrees ne fait que reprendre les idées du grand philosophe andalou du 12ème siècle, Ibn Rushd, qui insistait sur l’argument que la création montre par l’ordonnance, l’harmonie et la complémentarité de ses différentes parties, ainsi que par la convenance et la consonance qu’elle manifeste envers le but et le bénéfice intentionné par cette création, que les choses ne sont pas survenues par une volonté de la nature mais plutôt par les intentions finalistes du Créateur.

Idrees décèle aussi un aspect anthropique dans les versets suivants : N’avons-Nous pas fait de la terre une couche et (placé) les montagnes comme des piquets ? Nous vous avons créés en couples, désigné votre sommeil pour votre repos, fait de la nuit un vêtement, assigné le jour pour les affaires de la vie et construit au-dessus de vous sept (cieux) renforcés, et [y] avons placé une lampe (le soleil) très ardente, et fait descendre des nuées une eau abondante pour faire pousser par elle grains et plantes et jardins luxuriants. (78 : 6-16).

Il écrit : « Même ces astres lointains ont une relation avec vous (les humains), car comme la terre est pour vous un lit, le ciel est un toit construit, le soleil est une lampe qui vous pourvoit en lumière et chaleur, sans lesquelles il ne peut y avoir de vie humaine, animale ou végétale. » L’auteur renforce alors son argument d’un autre verset : « Et Nous avons fait du ciel un toit protégé, et cependant ils se détournent de ses merveilles” (21:32) »

En fait, Ibn Rushd a été amené à conclure que tout ce qui existe est en rapport adéquat avec l’homme. De plus cet accord est nécessairement le résultat d’un Agent qui en a eu l’intention et la volonté.

Toujours dans la période classique, citons Fakhr al-Din al-Razi (1149-1209), le grand exégète, théologien, philosophe et scientifique qui, dans son magistral “Mafatih al-Ghayb” souligne le fait que chaque corps a un mode d’existence propre dans le monde physique. Parmi ces modes possibles, un mode précisément déterminé (« muqaddar bi maqadir makhsusah ») par le Créateur. Les corps célestes par exemple ont des orbites et des coordonnées spatio-temporelles précises qui démontrent une ordonnance totale (tadbir kamil) et une sagesse profonde (« hikmah balighah »).

Al-Razi souligne également que tous les objets, célestes ou terrestres, animés ou inanimés (« jamadat ») ont été décrétés par Allah de sorte qu’ils servent les intérêts (« masalih ») des humains. Enfin, Al-Razi attire notre attention sur les interconnections complexes entre les bénéfices constitués par les horizons cosmiques (« al-ni’am al-afaqiyyah ») et ceux que l’on trouve en nous même (« al-ni’am al-anfusiyyah »).

Au cours du 20ème siècle, deux penseurs musulmans (différents dans leurs approches et inclinaisons philosophiques) se distinguent : Muhammad Iqbal (1877-1938), grand poète-philosophe indien du début du siècle précédent, et Badi’uzzaman Sa’id al-Nursi (1876/7-1960), fondateur du mouvement religieux turque Nur.

Iqbal n’est pas convaincu pas les arguments rationalistes en général, et les arguments téléologiques en particulier. Du coup, il rejette l’idée de “but prédéterminé” pour l’univers, car cela lui enlèverait, selon le philosophe, tout caractère créatif et toute originalité. Par contre Said al-Nursi demeure très impressionné par « l’équilibre omniprésent et la coopération visible à travers tout le cosmos », ce qui constitue pour lui « une preuve matérielle de l’unité divine ».

Au cours de l’histoire, de nombreux penseurs musulmans, définissaient la science comme la recherche des « manières » par lesquelles le Créateur, de par sa bonté et sa sagesse infinies, a agencé le monde en le disposant au service de l’homme. Nous comprenons alors pourquoi aujourd’hui, le concept de design et le principe anthropique n’ont guère « impressionné » les musulmans. Il semble d’autre part, que leur compréhension se limite au « service » et au « bénéfice », et que l’on peut constater dans les corps naturels envers l’homme plutôt des lois et des constituants même de l’univers.

Soulignons enfin, l’aspect évolutionniste inhérent au principe anthropique, à savoir l’acceptation d’un scénario d’évolution (physique et biologique) de l’univers en tant qu’entité ou en tant qu’ensemble de corps. Nous savons que le terme même « évolution » continue à constituer un blocage pour la majorité écrasante des musulmans, y compris parmi les intellectuels. Mais c’est là un thème qui doit fait l’objet d’un autre article.

Par Nidhal Guessoum.

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Le calendrier lunaire à la lumière des données astronomiques https://islam-science.net/fr/le-calendrier-lunaire-a-la-lumiere-des-donnees-astronomiques-770/ Fri, 23 Aug 2013 18:59:17 +0000 http://islam-science.net/?p=770 Le Prophète Muhammad (PBSL) n’a jamais incité les musulmans à rester illettrés. Au contraire, le premier passage coranique révélé au Prophète Muhammad (PBSL) met en valeur la plume comme outil d’écriture et du savoir.

1. Introduction

Le calendrier lunaire fondé sur l’observation de la nouvelle lune est utilisé par les musulmans, essentiellement, pour déterminer les dates associées à certaines célébrations religieuses (le jeûne de Ramadan, les fêtes religieuses, le pèlerinage, etc..). Pour les autres activités c’est le calendrier grégorien qui s’est imposé, y compris dans les Etats musulmans. Les raisons à cela sont multiples : Certes la mondialisation, dans les échanges internationaux, a plus ou moins imposé certaines langues, monnaies, ou calendriers, mais cela n’explique pas tout.

Pour qu’un calendrier puisse permettre de situer les différents événements dans le temps et servir de moyen d’organisation et de planification des différentes activités, il doit pouvoir répondre à trois exigences:

1)      Associer une date spécifique à chacun des jours d’une semaine, d’un mois ou d’une année donnée. Par exemple, nous avons besoin de savoir si le 1e chawal d’une année déterminée est un dimanche ou un autre jour de la semaine.

2)      La correspondance entre les dates et les jours doit être univoque : à une date doit correspondre un seul jour.

3)      Le calendrier doit être simple dans sa construction, dans son utilisation et à la portée des états et des communautés musulmanes.  Il doit servir à unir et à rassembler les musulmans et non à les diviser.

Il se trouve que, dans l’état actuel des choses, le calendrier lunaire basé sur l’observation mensuelle ne répond pas à ces exigences, contrairement au calendrier lunaire basé sur le calcul. C’est ce que nous espérons prouver dans ces quelques lignes, en s’inspirant des différents travaux réalisés sur le sujet et en priant le Très Miséricordieux de nous éclairer et de nous accorder Son Aide.

2. Observation visuelle ou calcul ?

De nombreux versets coraniques mentionnent que le soleil et la lune obéissent à des lois préétablies et incitent l’Homme à y chercher des signes de la grandeur de l’œuvre du Créateur. L’usage des différentes phases de la lune comme moyen pour se situer dans le temps est clairement mentionné dans le Saint Coran : « On t’interroge sur les nouvelles lunes. Dis-leur : Ce sont des moyens pour les hommes de mesurer le temps et de déterminer l’époque du pèlerinage. » (Coran 2.189), « C‘est Lui qui a fait du Soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul (du temps). Allah n’a créé cela qu’en toute vérité. Il expose les signes pour les gens doués du savoir » (Coran 10.5), «  Le nombre de mois, auprès d’Allah, est douze, dans la prescription d’Allah, le jour où Il créa les cieux et la terre… » (Coran 9.36).

La méthode pour déterminer les débuts des mois lunaires n’est pas explicitement exposée  dans le coran. Le verset coranique instaurant la prescription du jeûne du mois de Ramadan (9e mois lunaire) ne précise pas non plus cette méthode : «  Le mois de Ramadan est celui au cours duquel le Coran a été révélé pour guider les hommes dans la bonne direction et leur permettre de distinguer la Vérité de l’erreur. Quiconque parmi vous aura pris connaissance de ce mois devra commencer le jeûne… » (Coran 2.185). Ici, l’expression « aura pris connaissance » remplace le verbe arabe « Chahida » qui ne peut être assimilé au verbe « voir » comme le signale Ragheb Al Isphahani dans son dictionnaire des mots coraniques ([1]) et l’imam Fakhr Eddine Arrazi dans son livre de Tafssir ([2]).

En fait, l’observation de la nouvelle lune pour débuter le jeûne du mois de Ramadan trouve son origine dans les hadiths du Prophète Muhammad (PBSL) tel que: « Jeûnez lorsque vous le voyez (le premier croissant de lune) et cessez de jeûner lorsque vous le voyez, et s’il vous est caché par les nuages, déterminez-le. » (Recueil de Muslim), ou selon une variante : « Et s’il vous est caché par les nuages, complétez cha’ban (8e mois lunaire) en comptant trente jours.» (Recueil d’Al Bukhari).

Les opposants à l’usage du calcul s’appuient sur ce hadith pour affirmer que l’observation de la lune à l’œil nu est le moyen exclusif pour déterminer le début et la fin du mois de Ramadan. Les partisans du calcul, de leur côté, considère que le hadith n’indique pas cette exclusivité.

Un autre hadith est invoqué à la fois par les opposants et par les partisans du calcul: «  Nous sommes une nation illettrée. Nous n’écrivons pas et ne comptons pas. Les mois sont comme ceci et comme cela, c’est-à-dire 29 jours ou 30 jours » (Recueils de Muslim, et Al Bukhari ».

Pour les opposants, il s’agit là d’un rejet du calcul; les partisans y voient, au contraire, une incitation à recourir au calcul lorsque ce dernier est maîtrisé. C’est la situation du calcul et de l’écriture dans la péninsule arabique au VII siècle qui a conduit le Prophète Muhammad (PBSL) a proposer une règle simple, à la portée de tous, pour déterminer le début du mois ; et en vertu du principe de droit musulman selon lequel « une règle ne s’applique plus, si le facteur qui la justifie a cessé d’exister », la recommandation du Prophète ne s’applique plus aux musulmans, une fois qu’ils ont appris « à écrire et à compter » et ont cessé d’être « illettrés » (voir Qadi Ahmad Chakir[ 3]).

Le Prophète Muhammad (PBSL) n’a jamais incité les musulmans à rester illettrés. Au contraire, le premier passage coranique révélé au Prophète Muhammad (PBSL) met en valeur la plume comme outil d’écriture et du savoir : «  Lis et ton Seigneur Le Très généreux qui a enseigné avec le Calame ( plume), a enseigné à l’Homme ce qui ne savait pas » (Coran 96.3-5), et le hadith suivant : « Le jour de la résurrection, l’encre des savants et le sang des martyrs mis de part et d’autre sur une balance, c’est l’encre des savants qui l’emportera » ([ 4]), ne nécessite pas de commentaire !

A présent, examinons les trois exigences que doit satisfaire un calendrier, celles énumérées plus haut en introduction.

Concernant la première, personne ne peut contester que le « calendrier » basé sur l’observation de la nouvelle lune chaque 29e jour du mois lunaire au coucher du soleil, ne peut associer de date à des jours déterminés au-delà du mois en cours. Quant au calendrier basé sur le calcul, par définition même, il associe, à l’avance, des dates à tous les jours et ce pour de nombreuses années.

Concernant la deuxième, les faits montrent bien que les dates du « calendrier » sont associées à des jours différents dans différents Etats musulmans. Par exemple, la date «1er chawal 1426 » à laquelle est associée la célébration de l’Aïd El Fitr, lui correspond plusieurs jours : le mercredi 2 novembre 2005 dans 2 pays (Lybie, Nigéria) ; le jeudi 3 novembre dans 30 pays; le vendredi 4 novembre dans 13 pays et le samedi 5 novembre dans 1 pays (Inde). Cette situation, loin d’être exceptionnelle, est plutôt assez fréquente comme le montrent les travaux de de Nidhal Guessoum et Karim Meziane ([ 5 ]), Nidhal Guessoum, Mohamed el Atabi et Karim Meziane ([6]), Khalid Chraibi ([ 7 ]) et Mohammad Odeh ([ 8 ]).

Quant à la troisième exigence, l’observation mensuelle de la nouvelle lune a été longtemps un moyen de déterminer le début du mois lunaire. Ce moyen simple et efficace et à la portée de tous, nécessitait néanmoins un minimum d’expérience et d’habitude sur l’observation des astres comme il nécessitait un horizon bien dégagé et une bonne qualité de l’air. Ces exigences étaient justement satisfaites à l’époque du Prophète Muhammad (PBSL), alors que le calcul astronomique était quasiment inconnu chez les arabes de l’époque. Au fil du temps, l’expérience sur l’observation des astres est devenue de moins en moins acquise alors que le calcul astronomique devenait de plus en plus maîtrisé, si bien que dès le XIV-siècle, l’Imam Assoubki [ 9 ] (un des plus illustres imams de l’école chafi’ite) déclarait que toute observation considérée comme impossible par le calcul astronomique est religieusement non valide. De nos jours, à cause de la pollution, la qualité de l’air, notamment à proximité des grandes agglomérations, n’est plus ce qu’elle était dans le passé et l’observation de la lune est rendue difficile par l’intensité de l’éclairage industriel et le manque d’expérience et d’habitude chez les observateurs.

L’adoption des tables des heures des cinq prières rituelles qui sont basées sur le calcul n’a jamais suscité de débat ou d’opposition. Aujourd’hui, il ne viendrait à personne l’idée d’appeler les musulmans à vérifier à l’œil nu le lever de l’aube pour accomplir la prière du matin (Al Fajr), ou de vérifier le déclin du soleil à partir du zénith pour la prière de midi (Dohr), ou de mesurer l’ombre des objets pour s’assurer qu’elle est deux fois plus grande qu’eux-mêmes pour accomplir la prière de l’après-midi (Al‘Asr), ou d’observer le coucher du soleil pour la prière d’(Al Maghreb), ou encore de constater que le crépuscule a pris fin pour accomplir la prière de la nuit (Al ‘Icha). Les musulmans lorsqu’ils n’entendent pas l’appel à la prière du Muezzin, se remettent à leurs calendriers basées sur le calcul et vérifient l’heure sur leurs montres, comme le fait le Muezzin!

L’élaboration du calendrier lunaire étant du même ordre que l’usage des tables pour les prières rituelles, sa conformité avec les principes du droit musulman ne devrait donc pas être contestable.

Si l’on trouve un autre moyen apte à mieux réaliser le but recherché à savoir : jeuner le mois de Ramadan entier, si ce moyen est susceptible d’éviter l’erreur, l’imagination et le mensonge dans la détermination du début du mois; si ce moyen est devenu facile et ne pose pas de difficulté , s’il est à la portée de la communauté musulmane, maintenant qu’elle comporte de nombreux savants, astronomes, géologues, physiciens d’envergure internationale; si l’homme est désormais capable d’atteindre la lune, de s’y poser, d’y marcher et d’en ramener des échantillons de roches, et si de plus, ce moyen permet aux musulmans d’organiser et de planifier leurs activités à l’avance, pourquoi alors, nous en tiendrons-nous à un moyen, qui n’est pas une fin en soi ?

Cet autre moyen pourrait être obtenu en substituant le calcul astronomique à la méthode d’observation mensuelle de la nouvelle et en tenant compte du principe de « transfert de visibilité » consistant à accepter de débuter le mois partout dans le monde si le croissant est observable à n’importe quel endroit du globe un soir donné.

3. Règles de calcul

Le calcul astronomique peut nous donner l’heure exacte à quelques secondes près de la conjonction correspondant «  grossièrement » à l’instant où « la terre, la lune et le soleil » se trouvent « alignés », rendant la lune invisible à tout observateur quelque soit sa position sur la terre. Nous disons « grossièrement », car cet instant correspond plus exactement au moment où les centres de la terre, du soleil et de la lune se trouvent simultanément sur un plan perpendiculaire au plan écliptique. Après cet instant, la lune qui est en mouvement autour de la terre, quitte cette position et les lignes Terre-Lune et Terre-soleil forment alors un angle (Elongation) qui croit avec le temps, faisant ainsi accroitre, pour un observateur terrien, la possibilité de voir la lune à condition que celle-ci reste suffisamment au-dessus de l’horizon après le coucher du soleil.

Dès novembre 1978, la conférence internationale sur l’observation de la nouvelle lune (CHS) a réuni de nombreux pays musulmans à Istanbul en Turquie et le principe d’une règle permettant d’établir un calendrier « universel » basé sur le calcul, a été adopté. La Présidence des affaires religieuses de Turquie, qui assure depuis le secrétariat de la CHS a été chargée de faire une proposition. C’est dans ces termes que celle-ci a été faite : « Le mois lunaire est supposé commencer le soir où, quelque part sur Terre, le centre calculé de la nouvelle lune au coucher du soleil local est de plus de 5 ° au-dessus de l’horizon et l’élongation est de plus de 8 °» ([10]). Le calendrier qui en résulte est actuellement utilisé en Turquie et dans tous les pays à majorité musulmane de l’Europe (Bosnie, Kossovo, Albanie, Macédoine, etc.). Le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche (CEFR) ([11]) basé à Dublin vient également de l’adopter. Les musulmans d’origine Turque vivant en Europe, s’y conforment également.

L’Arabie Saoudite utilise depuis plusieurs décennies, à des fins civiles et administratives, un calendrier annuel, basé sur le calcul, connu sous le nom du calendrier d’Umm al Qura, qui tient compte à la fois de la « conjonction » et des horaires de coucher du soleil et de la lune aux coordonnées de La Mecque, Cette règle qui a connu plusieurs phases dans son élaboration peut aujourd’hui s’énoncer comme suit : «  Le mois lunaire débute au soir du 29è jours du mois en cours, si la nouvelle lune observée à partir de La Mecque se couche après le coucher du soleil et si la conjonction s’est produite. Dans le cas contraire, le mois en cours aura une durée de 30 jours.» ([12]).

En Indonésie, en Malaisie et à Brunei, la règle appliquée est la suivante : « Le mois lunaire débute après la conjonction, lorsque l’âge de la nouvelle lune est supérieur à 8 h, l’altitude < 2° et l’élongation > 3 ° » ([7]).

Le Conseil du Fiqh de l’Amérique du Nord (CFAN) basé aux Etats-Unis avait, a adopté dès 2006, la règle suivante: « Utilisant comme point de référence, la ligne de datation internationale (Greenwich Mean Time (GMT), le nouveau mois lunaire commencera, En Amérique du Nord, au coucher du soleil du jour où la conjonction se produit avant 12 : 00 GMT. Dans le cas contraire, le mois commencera au coucher du soleil du jour suivant» ([13]). Cette règle a été proposée dès 2004 par Jamal Eddine Abderrazik dans son livre intitulé « Calendrier Lunaire Islamique Unifié » ([14]). Abderrazik stipule qu’il faut accepter le principe de « transfert de visibilité », c’est à dire accepter de débuter le mois partout dans le monde si le croissant est observable à n’importe quel endroit du globe un soir donné. Il ajoute que si ce principe est accepté, ce calendrier s’accorde alors avec les observations du croissant dans 92 % des cas.

Dans un souci d’améliorer la concordance entre la date résultant du calcul et celle résultant d’une observation visuelle, Nidhal Guessoum a proposé un calendrier bi-zonal consistant à découper le Globe en deux zones, la zone « Ouest » correspondant au continent américain et la zone « EST » englobant le reste du monde. Cette règle s’énonce ainsi : « Le nouveau mois commence dans les deux zones si la conjonction se produit avant l’aube à La Mecque. Le nouveau mois commence dans la zone « ouest » pour être reporté dans la zone « Est » si la conjonction se produit entre l’aube à La Mecque et 12h00 GMT. » ([15]).

Ces règles et d’autres ont donné lieu à de nombreux logiciels : Ilyas A, Ilyas B, Shaukat, Yallop, Odeh, etc… ([8]).

A noter que les règles de calcul qui permettent l’élaboration des tables des heures de cinq prières rituelles sont de même nature et leurs différences donnent lieu à des tables d’heures de prières différentes notamment pour les deux prières du matin (Fajr) et de la nuit (‘Icha). L’harmonisation de ces tables, au sein d’un même pays, est une question qui mérite d’être également étudiée.

4. La situation en France

La méthode utilisée en France actuellement, alliant la concertation entre les composantes du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) et l’analyse des annonces effectuées par les différentes autorités du monde musulman ainsi que les données astronomiques, outre qu’elle portait essentiellement sur la détermination du début et de la fin du mois de ramadan, a montré ses limites sur le plan pratique.

Au-delà des difficultés posées par le caractère aléatoire des décisions de certains pays musulmans, amenant le CFCM à faire des arbitrages difficiles, l’idée même d’attendre la veille pour prendre connaissance de la décision du CFCM pose aujourd’hui des problèmes aux musulmans de France.

En effet, l’administration française demande au CFCM de lui transmettre les dates des fêtes musulmanes (Al fitr, Al Adha, et le Mawlid) afin qu’elles soient prises en compte pour la délivrance des autorisations d’absence. A cet effet, une circulaire est publiée au début de chaque année. Les établissements de l’enseignement s’y réfèrent également pour en tenir compte dans la programmation des examens et des évaluations.

Les salariés musulmans, ne connaissant pas à l’avance les dates des fêtes et souhaitant poser leurs jours de congés pour pouvoir les célébrer, rencontrent des difficultés.

L’organisation des prières communautaires à l’occasion des fêtes, nécessite souvent la réservation des salles ou gymnases pour deux jours successifs alors qu’elles ne seraient utilisées que pour une seule journée. Cela provoque la réticence des maires lorsque les salles sont communales et donne lieu à un surcoût de location non négligeable.

Les abattoirs qui veulent se mettre à la disposition des musulmans pour la fête du sacrifice ont besoin de connaitre les dates de cette fête plusieurs semaines à l’avance pour les prendre en compte dans l’organisation de leur activité.

C’est dire que la détermination des débuts des mois lunaires à l’avance éviterait aux musulmans de France de nombreuses difficultés. Les musulmans vivant dans des pays à majorité musulmane ne connaissent pas forcément ces difficultés de la même manière.

C’est pour cela, dès juin 2008, un groupe de réflexion s’est constitué au sein du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) pour étudier la possibilité de mise en place d’un calendrier lunaire basé sur le calcul. Le Conseil d’Administration du CFCM réuni à Paris, le 24 juin 2011, prenant acte des différentes positions exprimées par les composantes du CFCM, a adopté le principe du calcul et a chargé son Bureau Exécutif de mener les discussions entre les composantes du CFCM pour en définir la règle et la mettre en œuvre.

Des tests réalisés sur une durée de 60 mois, montrent que la quasi-totalité des règles de calcul énumérées plus haut donnent lieu à des calendriers quasiment identiques. Aussi, le critère essentiel qui doit guider le choix des musulmans de France c’est la capacité du calendrier à unir autour de lui les musulmans de France et les musulmans d’Europe.

Les différentes composantes du CFCM entendent, après la réussite de la réforme du CFCM intervenue le 23 février 2013, inaugurer une nouvelle étape dans la vie de l’institution représentative du culte musulman en se penchant sur ce dossier concret concernant la pratique religieuse musulmane. L’harmonisation des heures de prières rituelles doit intervenir également dans les mois à venir pour mieux consolider l’unité des musulmans.

Par Mohammed Moussaoui, publié dans oumma.com, le 9 mai 2013.

Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement MM. Khalid CHRAIBI et Nidhal GUESSOUM pour leurs remarques précieuses et utiles à la réalisation de cet article.

Références

[1] Ragheb Al Isphahani, Dictionnaire sur des mots coraniques (en arabe), publié en arabe, par Almaymaniya, Egypte, 1324H.

[2] Fakhr Eddine Arrazi, Tafssir Alfakhr Arrazi (en arabe), dar Alfikr, Beyrouth, 1981, Vol3, 5, P.95.

[3] Ahmad Shakir: « Le début des mois arabes … est-il licite de le déterminer sur la base du calcul astronomique ? ». (publié en arabe en 1939) reproduit par le quotidien «al-madina », 13 octobre 2006 (n° 15878):

[4] Ibn ‘Abd Albarr: http://library.islamweb.net/hadith/.

[5] Karim Meziane et Nidhal Guessoum: La visibilité du croissant lunaire et le ramadan, La Recherche n° 316, janvier 1999.

[6] Nidhal Guessoum, Mohamed el Atabi et Karim Meziane : Ithbat acchouhour alhilaliya wa mouchkilate attawqiti alislami (en arabe), p.152, Dar attali’a, Beyrouth, 2è éd., 1997.

[7] Khalid Chraibi, http://oumma.com/15021/reforme-calendrier-musulman-33.

[8] Ahmad Odeh: http://www.icoproject.org/.

[9] Taqui Eddine Assoubki : Fatawa Assoubki (en arabe), Dar Al ma’rifah, Beyrouth, Vol1, P.209.

[10] http://www.diyanet.gov.tr/turkish/dy/default.aspx.

[11] Conseil Européen de la Recherche et de la Fatwa, www.e-cfr.org/.

[12] http://www.staff.science.uu.nl/~gent0113/islam/ummalqura.htm.

[13] CFAN: http://www.fiqhcouncil.org/node/20.

[14] Jamal Eddine Abderrazik : « Calendrier Lunaire Islamique Unifié », Editions Marsam, Rabat, 2004.

[15] Nidhal Guessoum, « Progrès dans la solution du problème du calendrier islamique », 1ere Conférence d’Astronomie des Emirats « Applications of Astronomical Calculations », Abu Dhabi, Décembre 2006.

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Le problème du calendrier islamique et la solution Kepler, partie 2/2 https://islam-science.net/fr/le-probleme-du-calendrier-islamique-et-la-solution-kepler-partie-22-765/ Fri, 23 Aug 2013 16:10:59 +0000 http://islam-science.net/?p=765

Dans la première partie de cet article, nous avons noté que l’observation du croissant qui était érigée en condition sine qua non pour l’annonce du début des mois musulmans (du moins les mois sacrés) avait conduit les chercheurs à proposer des solutions de plus en plus compliquées menant tout droit à une impasse. Ces solutions consistaient à introduire des technologies et des systèmes d’analyse et de communication (en temps réel) complètement démesurés. Cette impasse a démontré que tous ces systèmes ainsi que ces solutions empêchaient l’établissement à l’avance d’un calendrier qui serait véritablement fonctionnel dans nos vies aussi bien « civiles » que « religieuses ». Nous en avons donc conclu qu’une solution « à la Kepler » s’imposait.

La solution « à la Kepler » n’est autre que l’établissement par le calcul d’un calendrier crédible et cohérent en harmonie avec la visibilité du croissant, et non un calendrier qui serait régulièrement contredit par l’observation du croissant.

Avant de présenter une telle solution, il convient d’aborder deux questions :

a) Les calendriers musulmans proposés dans le passé

b) L’évolution, voire la convergence, des calendriers proposés ces dernières années qui prennent en compte les plus précis des critères de prédiction de visibilité du croissant.

Les calendriers musulmans passés et modernes

Un des calendriers musulmans les plus utilisés dans le passé est le calendrier « arithmétique ». Il fut très probablement proposé par le grand astronome musulman Al-Battani (850-929) et utilisé depuis la fin du dixième siècle jusqu’aux années 1980. Il est dénommé « arithmétique » car il se base sur une règle de calcul simple :

  • Les mois sont alternés entre 29 et 30 jours.
  • Un jour est rajouté au douzième mois de l’année, qui contient alors 355 jours, dans les cas « bissextiles » afin de conserver une concordance approximative avec l’apparition du croissant à chaque début de mois.
  • Les années bissextiles sont déterminées à l’aide de la règle suivante : on divise le chiffre de l’année (par exemple 1428) par 30, l’année est bissextile si le reste de la division est 2, 5, 7, 10, 13, 16, 18, 21, 24, 26, ou 29.

Par ce calcul, le nombre moyen de jours par mois (sur une période de 30 jours) est de 29.53, exactement le nombre moyen observé pour la lune, bien que ce chiffre fluctue entre 29.27 et 29.83 en raison de l’ellipticité et de l’inclinaison de l’orbite de la lune. Ce calendrier arithmétique ne correspondait à l’apparition du nouveau croissant que dans les cas « moyens », si bien qu’il ne fut utilisé en pratique qu’à des fins « civiles ».

Les années 80 et 90 ont été caractérisées par une meilleure compréhension du problème de la visibilité du croissant, ce qui a permis à certains astronomes musulmans (Ilyas en Malaisie, Meziane et Guessoum en Algérie) de proposer des modèles de calendriers basés sur des critères de visibilité. Un problème majeur demeurait tout de même : la probabilité de visibilité du croissant variait énormément d’un pays à un autre, ou du moins d’une région à une autre, si bien que tout calendrier « unifié » se trouvait contredit par l’observation dans tel ou tel endroit du globe. Précisons également, qu’il y a encore 15 ou 20 ans, les prédictions de visibilité étaient entachées de larges « zones d’incertitudes ».

Les calendriers proposés durant les années 1980 et 1990 étaient donc régionaux ou « zonaux ». Ainsi, les astronomes El-Atbi, Meziane et Guessoum, ont proposé (en 1993 et en 1997) un calendrier quadri-zonal (le monde était divisé en 4 zones longitudinales), où les débuts de mois étaient toujours unifiés dans une zone donnée mais pouvait différer d’une zone à une autre, mais avec des critères précis, si bien que les différences ne dépassaient jamais 1 jour et s’accordaient au maximum avec la visibilité du croissant dans chaque zone.

En 2001, Mohammad Odeh proposa un calendrier similaire où il réduisit le nombre de zones à 3.

Les tentatives d’établissement de calendriers musulmans unifiés

Une autre approche commença à se dessiner auprès d’autres astronomes : la tentative d’établissement d’un calendrier islamique « unifié » sur la base d’une règle simple.

En 1997, McNaughton proposa la formule suivante : le mois musulman, qui traditionnellement commence au coucher du soleil et non pas à minuit comme c’est le cas pour les mois solaires (internationaux), est décrété le soir si la conjonction (le passage de la Lune à travers le plan Terre-Soleil, c’est-à-dire le début d’une nouvelle orbite) se produit durant ce jour-là, à savoir depuis le coucher de soleil précèdent.

Un examen rapide de cette proposition montre cependant que dans sa formulation, ce calendrier « universel » n’est nullement unifié : le moment du coucher du soleil n’étant pas le même partout, la conjonction se produit avant ou après le coucher du soleil en des endroits différents, le mois ne débutera pas partout le même jour ! Sans compter que selon le délai qui se produira entre la conjonction et le coucher du soleil, le nouveau croissant ne sera pas forcément visible (un minimum d’environ 15 heures est nécessaire pour l’observation à l’œil nu). Ce calendrier sera donc souvent en désaccord avec les observations.

Durant cette période, et surtout dernièrement, un calendrier a pris une importance particulière, non pas en raison de la solution qu’il apportait, ou du progrès qu’il pouvait représenter dans la problématique du calendrier et de la détermination des mois sacrés, mais tout simplement parce qu’il émanait d’Arabie Saoudite. Le calendrier d’Umm al-Qura (un des noms traditionnels de La Mecque) est passé par 4 phases, caractérisées chacune par une règle différente :

  • De 1950 à 1972 : le mois commence (le jour suivant) si le croissant au soir du 29ème jour d’un mois donné est au-dessus de l’horizon à plus de 9 degrés.
  • De 1973 à 1998 : le mois commence le jour suivant si la conjonction se produit avant minuit GMT.
  • De 1998 à 2002 : le mois commence si la lune se couche après le soleil, sans condition sur la conjonction.
  • Depuis 2003 : le mois commence si la lune se couche après le soleil, et si la conjonction s’est produite (même 1 minute avant).

Dans la plupart des cas, surtout dans les trois dernières phases de formulation de ce calendrier, les débuts de mois s’accordaient très mal avec l’observation du nouveau croissant, qu’il soit déterminé par observation ou par le calcul. Comme le précise le chercheur Harry R. van Gent : « Strictement parlant, le calendrier Umm al-Qura est à des fins civiles uniquement. Ses constructeurs sont bien conscients du fait que l’observation du nouveau croissant peut se produire jusqu’à deux jours après la date déterminée par ce calendrier »[1].

Un des développements les plus importants au sujet du calendrier musulman a vu le jour au Maroc en 2004 et aux Etats-Unis en 2006. Au Maroc, Jamal Eddine Abderrazik a publié un livre intitulé « Calendrier Lunaire Islamique Unifié »[2] dans lequel il proposait un calendrier musulman universel sur la base de la règle suivante : « Le mois commence (partout) le jour suivant si la conjonction se produit avant midi GMT ; le début du mois est reporté au jour d’après si la conjonction se produit après midi ».

Abderrazik stipule qu’il faut accepter le principe de « transfert de visibilité », à savoir accepter de débuter le mois partout dans le monde si le croissant est observé à n’importe quel endroit du globe un soir donné. Il ajoute que si ce principe est accepté, ce calendrier s’accorde alors avec les observations du croissant dans 92 % des cas.

En Août 2006, ISNA (Islamic Society of North America), l’organisation islamique la plus importante d’Amérique du Nord, a déclaré après étude et consultation, que son Conseil de Fiqh (jurisprudence islamique) avait conclu que les solutions « anciennes » n’étaient plus acceptables et qu’il convenait d’ adopter le principe et l’approche du calendrier établi bien à l’avance (autrement dit adopter la solution que nous avons dénommé « à la Kepler »). Il s’est avéré que la règle adoptée par l’ ISNA pour la construction du calendrier, règle présentée par Khalid Shaukat, n’était autre que celle proposée – indépendamment – par Jamal Eddine Abderrazik deux ans auparavant.

Cette constatation a été effectuée lors d’une « réunion d’experts » organisée à Rabat par l’ISESCO (l’Organisation Islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture) en Novembre 2006 avec la présence de tous ces acteurs.

Tout cela est certes intéressant, il faut cependant s’assurer que les mois déterminés par ce calendrier concorderont avec les observations des nouveaux croissants. Et c’est ici malheureusement que l’on paie le prix de cette « belle » unification. En effet, dans une étude[3] réalisée sur la période 2006-2010 (c’est-à-dire sur 60 mois), nous avons démontré que ce calendrier Est convenait pour le continent américain, en revanche pour le « monde musulman (traditionnel) » (Asie-Afrique-Europe), les mois débutaient, alors que le croissant n’était visible nulle part. Il y avait en effet 32 % de cas d’impossibilité, 10 % de cas « difficiles » (visibilité peu probable) et 58 % d’accord entre le calendrier et les observations.

C’est ce qui nous a incité à proposer un calendrier bi-zonal, où le continent américain était distinct du « monde ancien » (y compris l’Australie), où la règle de construction du calendrier était modifiée ainsi : « Le nouveau mois commence dans les deux zones si la conjonction se produit avant l’aube à La Mecque. Le nouveau mois commence dans la zone américaine pour être reporté dans la zone « Est » si la conjonction se produit entre l’aube de La Mecque et midi GMT. ». Nous avons alors démontré que l’étude des 60 mois de la période 2006-2010 était à hauteur de 73 % en accord total avec les observations, 25 % de cas « difficiles » et moins de 2 % de cas d’impossibilité, c’est-à-dire où le mois est décrété selon le calendrier, mais le croissant n’est pas visible.

Conclusions

Ainsi que nous venons de le démontrer, nous parvenons (presque) maintenant à établir un calendrier musulman, qui est non seulement d’une grande simplicité, mais tout à fait cohérent et en harmonie avec la visibilité du croissant lunaire dans une région donnée du monde.

Nous pouvons donc pratiquement nous défaire de la pratique d’observation et de témoignage par une personne ou un groupe durant « la nuit du doute ». Nous remplaçons ainsi toutes ces « solutions » incroyablement compliquées proposées de nos jours, tels les télescopes, les webcams, les appareils photos à bord d’avions et les imageurs à bord de satellite. En bannissant toutes ces approches complexes, nous rétablissons une caractéristique fondamentale de toute société « civilisée » qui est celle d’avoir la capacité de planifier ses activités à l’avance.

Mais pour effectuer ce « changement de vitesse », je dirai même ce décollage, il nous faut aussi bien abandonner l’obsession de l’observation « la veille » du mois sacré (la « nuit du doute ») que l’observation tout court. Il est fondamental d’intégrer que Dieu nous a offert la lune et le soleil, en vue de nous faciliter la vie et non pour la rendre compliquée, provoquant ainsi la discorde entre les pays et les peuples, ( rappelons seulement que de nos jours les mois sacrés sont déclarés au moins 3 jours dans les pays musulman…). Nous notons toutefois avec une grande satisfaction qu’une prise de conscience a commencé dans se sens. Beaucoup de musulmans, notamment parmi certains astronomes et fouqahas, se rejoignent sur le fait qu’il convient d’abandonner l’observation visuelle au profit du calcul de prédiction de visibilité.

Ce dernier, s’il n’est pas fiable à 100 % (il ne le sera jamais et aucune prédiction de nature scientifique sur un quelconque problème ne le sera jamais), est désormais crédible, surtout sur de grandes zones. Ce qui va dans le sens du progrès préconisé par l’Islam tout en étant en harmonie avec la solution adoptée depuis très longtemps pour les horaires de prière.

Enfin notons la convergence graduelle des systèmes de calendriers islamiques vers la quasi-unification. La proposition que nous venons de présenter ne constitue pas l’ultime solution au problème posé, mais elle s’en approche en étant une synthèse des propositions effectuées jusqu’à présent.

Par Nidhal Guessoum, publié dans oumma.com, le 21 septembre 2007.

[1] Harry R. van Gent, « The Umm al-Qura Calendar of Saudi Arabia. »

[2] Jamal Eddine Abderrazik, « Calendrier Lunaire Islamique Unifié », Editions Marsam, Rabat, 2004.

[3] Nidhal Guessoum, « Progrès dans la solution du problème du calendrier islamique », 1ere Conférence d’Astronomie des Emirats « Applications of Astronomical Calculations », Abu Dhabi, Décembre 2006.

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Le problème du calendrier islamique et la solution Kepler, partie 1/2 https://islam-science.net/fr/le-probleme-du-calendrier-islamique-et-la-solution-kepler-761/ Fri, 23 Aug 2013 16:02:19 +0000 http://islam-science.net/?p=761 La solution « Kepler » consiste tout simplement à prendre conscience que l’astronomie d’aujourd’hui est non seulement capable de déterminer la position de la lune à chaque seconde, mais aussi la probabilité de son observation par l’œil humain dans une région donnée du globe, et cela bien à l’avance.

Lorsqu’une société développe une culture et postule à devenir une civilisation, un des facteurs les plus importants qu’elle doit gérer est le temps. Elle adopte alors, ou encore mieux, elle établit un calendrier qui lui permet de planifier ses activités aussi longtemps à l’avance que possible.

Dès ses débuts, la société musulmane a suivi cette règle générale. Le Coran a attiré l’attention des fidèles sur les phénomènes naturels et cosmiques qui lui permettent – en tous temps – de déterminer (« calculer ») ses mois et ses années : « Ils t’interrogent sur les nouvelles lunes (ou phases) – dis  : elles servent aux gens pour compter le temps et pour le Hajj [pèlerinage]… » (2 :189) (C’est-à-dire les activités temporelles et/ou religieuses) ; « C’est Lui qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases afin que vous déterminiez le nombre des années et le calcul (du temps). » (10 : 5)

Le Prophète Mohamed, constatant le manque de science et de connaissance astronomique chez les Arabes/Musulmans, a alors proposé une méthode simple de détermination du début des mois sacrés : « Entamez le Ramadan lorsque vous aurez observé le nouveau (fin) croissant, et célébrez l’Aid el-Fitr (entamez le mois de Chawwal) lorsque vous aurez observé le nouveau croissant un mois plus tard, et si le temps est couvert complétez 30 jours pour le mois ». Le Prophète explique clairement sa logique dans un autre hadith : « Nous somme une nation qui ne maîtrise pas la science (l’écriture et le calcul), le mois pour nous est ceci ou ceci (et avec ses doigts il montra 30 puis 29) ».

Malheureusement, et c’est là tout le problème, la logique de cette proclamation et les critères d’instauration de cette méthode de détermination visuelle, ont été occultés depuis, surtout par les courant musulmans littéralistes et fondamentalistes (retour aux « fondements »), tant et si bien que les astronomes et hommes de sciences musulmans n’ont pas été encouragés à développer une quelconque autre méthode pour l’établissement d’un calendrier islamique.

A l’exception donc de quelques rares fouqahas (savants religieux), les musulmans se sont obstinés à exiger l’observation visuelle du nouveau croissant avant la proclamation du nouveau mois, du moins pour les mois sacrés de Ramadan, Chawwal, Dhul-Hijja et Muharram, et parfois pour d’autres aussi tels Chaaban et Dhul-Qiida. Cette situation à créer deux problèmes encore plus grands :

  1. Il est impossible de planifier quoi que ce soit à l’avance, puisqu’on ne peut savoir par exemple, si le 4 Chawwal (jour de travail après 3 jours de fêtes) sera un lundi, un dimanche, ou un mardi.
  2. On n’est jamais à l’abri d’observation erronée : le mois doit-il être déclaré à chaque fois qu’une « observation » est affirmée ? Pour illustrer cet état de fait, mentionnons l’existence d’ un travail pionnier en la matière effectué dans les années quatre-vingt-dix (avec le Dr. Karim Meziane et publié en Arabe, en Anglais et en Français (dans la revue La Recherche), dans lequel nous avions démontré par l’analyse des données historiques et astronomiques, que depuis 1962, dans un pays comme l’Algérie (une centaine de mois) que les cas d’erreurs variaient, selon les critères imposés, entre 50 % et 80 %.

Nous avions aussi rappelé que le croissant qui devenait toujours plus facile à observer lorsqu’on se dirigeait vers l’ouest, les pays musulmans orientaux devaient enregistrer des taux d’erreurs encore plus grands. En effet, Mohammad Odeh a démontré dans une analyse similaire, que sur les cinquante années précédentes, les taux d’erreurs en Jordanie avoisinaient les 90 % !

Enfin, chacun sait– pour ne pas dire souffre – de la confusion qui caractérise désormais chaque début de mois Ramadan et chaque célébration de Aïd, lorsque l’Arabie Saoudite annonce que des fidèles ont témoigné avoir observé le nouveau croissant (et donc que le mois doit commencer le jour suivant) alors que tous les astronomes (musulmans ou non-musulmans, Saoudiens ou autres) s’accordent à rejeter de telles observations considérées comme erronées.

Quant à l’autre problème, le premier mentionné ci-haut, à savoir l’impossibilité pour la société de planifier ses activités et pour les individus d’organiser leur temps, leurs déplacements, leurs vacances et autres, personne ne semble s’en soucier. Pourtant, les répercussions économiques, pour ne citer que celles-ci sont énormes : en 2005, les agences saoudiennes de Hajj ont estimé leurs pertes à 40 millions de Riyals (8,25 millions d’euros) du fait du changement de la date du Hajj par le Haut Conseil de Justice, suite à un témoignage d’« observation », par rapport à la date (correcte) annoncée précédemment par le service spécialisé du centre de recherche KACST de Riyadh (voir Al-Sharq al-Awsat, numéro 9546 du 16/01/2005).

Nous reviendrons sur cette question relative à l’établissement du calendrier et à la planification des activités de la société musulmane.

Conscients de la gravité de la situation, les musulmans (surtout parmi les scientifiques) ont tenté de résoudre le problème. L’essentiel des efforts s’est toutefois concentré sur une fausse direction, ainsi que nous allons le démontrer brièvement. Nous expliquerons pourquoi ces efforts sont fondamentalement erronés et donc voués à l’échec. Enfin, nous indiquerons ce que nous considérons comme la solution la plus correcte au problème, solution que nous expliciterons dans la seconde partie de cet article.

Mentionnons d’abord l’existence de l’ ICOP (International Crescent Observations Project), un réseau en ligne de personnes marquant un grand intérêt ou ayant une activité (observations, calculs) en relation avec la visibilité du croissant lunaire. Ce projet a été créé en 1998 par Mohammad Odeh à partir de la Jordanie. Ce réseau rassemble aujourd’hui plus de 300 membres présents sur 50 pays. Chaque mois, ces membres envoient des rapports d’observations (le plus souvent négatifs) au coordinateur (M. Odeh) qui publie en ligne les résultats les plus importants, particulièrement s’il y a une observation qui affirme avoir battu un record particulier (croissant le plus fin, le plus jeune, le plus rapide à se coucher, etc…).

En 2006, Mohammad Odeh a utilisé les données des 8 dernières années d’observations (737 cas différents) afin de fixer un nouveau critère « géométrique » de visibilité du croissant : dans quels cas de géométrie observateur-soleil-lune, le croissant sera facilement observable, difficile ou impossible à voir.

En Décembre 2006, l’ICOP a organisé à Abu Dhabi une conférence internationale sur les questions d’astronomie en rapport avec la vie des musulmans. Cette conférence a consacré l’essentiel de son temps à palabrer sur les différentes solutions présentées par les uns et les autres face au problème de la détermination des mois musulmans et de l’établissement d’un calendrier islamique.

La conférence a réuni la plupart des spécialistes en la matière en abordant le problème, ainsi que les différentes solutions proposées. Au terme de ces débats, les participants ont approuvé une douzaine de résolutions importantes. J’ai eu l’honneur de diriger le comité scientifique, de présider une des sessions et de présenter un papier.

Dans la présentation que j’ai effectuée (le second jour), j’ai d’abord passé en revue les différentes solutions au problème telles qu’elles avaient été avancées par les spécialistes durant le premier jour. Il est instructif de voir comment le problème est généralement perçu et quelles solutions sont préconisées :

  • Insistance sur l’observation (surtout à l’œil nu), avec l’exigence de satisfaction de certains critères, par exemple que la séparation lune-soleil soit de plus de 6,5 degrés environ.
  • Utilisation possible de télescopes dédiés à la « tâche », afin de « s’assurer » que le croissant est bien au-dessus de l’horizon au moment de l’observation par les témoins.
  • Si le croissant n’est visible ni à l’œil nu, ni au télescope, analyse d’une photo et calcul des rapports de luminosité/bruit-de-fond dans les gammes de couleur Rouge, Bleu, Vert.
  • Installation à l’échelle de la planète d’un réseau de télescopes et GPS et transfert « en temps réel » des résultats d’observation par webcams, SMS, et emails, en utilisant des logiciels d’analyses des données en « open source ».
  • Observations à bord d’avions volant à 15 000 m d’altitude (pour éviter la poussière) le long de « la ligne de date lunaire » et communication « en temps réel » avec les services religieux présents au sol (cette idée est poursuivie depuis déjà plusieurs années).
  • Observations par satellite : il y a en effet un projet en Égypte, approuvé par l’Organisation de la Conférence des Pays Islamiques pour le lancement d’un satellite complètement dédié à l’observation du croissant lunaire.

Pour frapper les esprits afin de leur faire prendre conscience que cette ligne de recherche en vue de trouver une solution au problème n’était en rien correcte, j’ai rappelé aux participants (des astronomes pour la plupart) un cas de figure similaire et célèbre dans l’histoire de l’astronomie : le problème des orbites de planètes.

Tout le monde sait qu’avant Copernic tous les astronomes (à part un cas isolé) affirmaient que que la Terre était le centre de révolution de toutes les « planètes » (y compris le soleil et la lune). Tout le monde sait aussi et surtout depuis les grecs (le modèle de Ptolémée), que les orbites devaient être circulaires… ni plus ni moins, car tout simplement les anciens l’avaient décrété ainsi ! Et lorsque les données d’observations ne collaient pas aux orbites circulaires, les solutions stipulées consistaient à rajouter de petits cercles (épicycles) sur les grands cercles (déférents). Et quand cela ne réglait pas complètement le problème, on rajoutait d’autres cercles (voir schéma) ! On se retrouve ainsi parfois, avec des modèles de plusieurs dizaines de cercles… Tout cela parce qu’on ne parvient pas à se défaire de l’idée d’orbites circulaires autour de la Terre.

Puis vint Kepler, au début du 17ème siècle. Après des années de travail en vue de résoudre le problème, il comprit pourquoi la solution avait échappé à tous pendant si longtemps : il fallait remplacer toutes ces solutions compliquées d’épicycles imbriqués et de cercles excentrés par une orbite elliptique simple et unique !

Le problème de la détermination des mois musulmans et de l’établissement d’un calendrier musulman en est encore au stade pre-Keplerien : on s’obstine à exiger l’observation du croissant durant « la nuit du doute » (l’équivalent du cercle), en lui rajoutant des « solutions » afin que le système fonctionne : à savoir les télescopes, les analyses d’images, les observations par avion et par satellite, etc. Alors que la solution « à la Kepler » existe bel et bien !

La solution « Kepler » consiste tout simplement à prendre conscience que l’astronomie d’aujourd’hui est non seulement capable de déterminer la position de la lune à chaque seconde, mais aussi la probabilité de son observation par l’œil humain dans une région donnée du globe, et cela bien à l’avance.

Afin de comprendre cette idée cruciale, il suffit de saisir l’analogie suivante. Lorsque le muezzin appelle à la prière du Maghreb, disons à 17h 30mn, il ne se rend pas à l’extérieur pour s’assurer que le soleil se situe bien en-dessous de l’horizon. Il se contente en fait de consulter son calendrier ou même son logiciel des temps de prières. Il a tout simplement bien pris conscience que les calculs de ces horaires étaient fiables.

Ces mêmes calculs astronomiques, basés en effet sur les mêmes équations en plus d’autres, peuvent aujourd’hui nous donner la position et la taille du croissant ainsi que sa probabilité d’observation en un lieu donné. Si je me base sur ces calculs, je peux savoir longtemps à l’avance, quand le croissant d’un certain mois sera visible, par conséquent , quand le mois devra commencer. Je pourrai alors établir un calendrier et planifier ma vie religieuse aussi bien que civile, vies qui sont à l’évidence bien imbriquées.

Il n’est pas acceptable d’avoir un système de gestion du temps (des mois et des années) où chaque jour ( il suffit de le vérifier aujourd’hui même) les journaux du monde islamique (parfois d’un même pays) portent 2 dates hégiriennes différentes, parce l’un des journaux a suivi le calendrier « civil » établi et distribué à l’avance, et l’autre a « ajusté » ses dates après les « observations » annoncées par le Conseil Religieux du pays. Ainsi que je le signifie toujours à mes étudiants : imaginez que vous annoncez à vos amis occidentaux que « chez nous » pour savoir si le mois d’août (le huitième, celui qui correspond à Chaaban) aura 29 ou 30 jours, il convient d’attendre le dernier soir.

Vous ne pouvez donc leur donner un rendez-vous, par exemple, le 4 septembre/ramadan (le 9ème mois), car vous ignorez si la date sera un dimanche ou un lundi. Vous ne pourrez pas également effectuer de réservation d’avion, car vous ignorez si celle-ci coïncidera avec un jour de travail ou pas.

Cette aberration doit cesser au plus vite, si le monde musulman souhaite vraiment redevenir une civilisation, dans le sens entier du terme, alors qu’aujourd’hui la solution est pratiquement entre nos mains.

Dans la seconde partie de cet article, j’exposerai les efforts qui ont été consentis en vue d’aboutir à un calendrier islamique, ainsi qu’une l’ analyse des principes et des critères sur lesquels il a été basé. J’évoquerai également la solution que j’ai proposée à la conférence d’Abu Dhabi en décembre 2006, solution qui est à mon sens et en toute humilité, la plus prometteuse.

Par Nidhal Guessoum, publié dans oumma.com, le 12 septembre 2007.

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