La science dans notre vie – Islam & Science https://islam-science.net An Educational Approach Tue, 05 Nov 2013 19:30:27 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.5.20 L’Université, espace de liberté et du savoir https://islam-science.net/fr/luniversite-espace-de-liberte-et-du-savoir-1512/ Fri, 11 Oct 2013 01:00:14 +0000 http://islam-science.net/?p=1512 Une nouvelle année scolaire et universitaire, la troisième après la révolution, commence dans un climat politique très tendu et une situation économique particulièrement difficile.

Une rentrée qui ne suscite pas les débats habituels, souvent enflammés, sur l’avenir de l’école, de l’Université. Le sentiment qui domine est plutôt l’inquiétude de voir nos enfants être les victimes potentielles d’un embrigadement politique mené par des groupes extrémistes religieux dans l’indifférence -ou la complaisance- de l’autorité de tutelle, et l’indignation de voir nos enfants dans des classes sans enseignants ou retrouver les bancs d’écoles encore en chantier.

Les étudiants ne sont pas mieux lotis: déficit en enseignants universitaires alors qu’un grand nombre d’entre eux ont eu l’accord du ministère pour des contrats dans les pays du Golfe, déficit en foyers universitaires laissant plus des trois-quarts de la population estudiantine livrée à elle-même à la recherche d’un logement à sa portée, déficit en bibliothèques, en moyens informatiques indispensables pour l’accès en ligne si précieux pour la documentation, déficit en équipements scientifiques pour un enseignement de qualité et véritablement formateur dans les instituts à vocation scientifique et technologique.

Un triste constat: une Université dévalorisée

On pourrait poursuivre sur le triste constat d’une Université dévalorisée n’offrant à une population de 350 000 étudiants aucun véritable campus, espace de vie et de culture, mais des institutions juxtaposées dont les plus anciennes, riches de leur participation à la formation des cadres après l’indépendance, sont aujourd’hui surchargées et oubliées au profit des nouvelles institutions créées en grand nombre, « disséminées » sur toute la République, insuffisamment équipées et peu attractives tant pour les étudiants que pour les enseignants.

Un bilan laissé par l’ancien régime plus soucieux d’alimenter une politique démagogique que de mettre en place une carte universitaire assurant l’équilibre régional et valorisant les spécificités régionales.

Evidemment, un plan d’urgence doit être mis en place pour tenter de remettre sur pied une Université qui n’en peut plus, qui ne répond plus à l’exigence d’efficacité, qui ne peut plus fermer les yeux sur le nombre croissant de diplômés sans emploi et trop souvent sans qualification. Les solutions devront être trouvées avec la participation de tous les citoyens conscients de la gravité et de l’urgence d’un redressement de la situation de l’Université tunisienne et devront redonner à cette dernière sa place dans la société et sa noble mission de formation.

L’Université, espace de liberté

L’Université avait été privée depuis plusieurs années des libertés académiques et avait subi la censure systématique du ministère de l’Enseignement supérieur qui exigeait des conférenciers invités qu’ils lui adressent à l’avance le texte de leurs interventions.

La révolution a permis d’initier la réhabilitation de l’Université avec la suppression de la police universitaire en janvier 2011 et, en juillet 2011, l’élection -pour la première fois dans l’histoire de l’Université- des directeurs des établissements d’enseignement supérieur jusque-là choisis et nommés par le ministre de tutelle.

Mais dès la rentrée 2011-12, des militants de partis religieux ont porté atteinte aux libertés dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur, voulant imposer leur projet d’un Etat théocratique par des actes de violences verbales et physiques à l’encontre des enseignants et par l’occupation d’établissements universitaires, allant jusqu’à substituer au drapeau tunisien celui de l’islam radical dans l’indifférence des forces de l’ordre.

Le port du niqab, à l’origine des attaques contre les doyens des facultés des lettres de Sousse et de La Manouba, n’est toujours pas considéré comme contraire aux dispositions réglementaires de l’espace universitaire par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique qui laisse les conseils scientifiques libres de l’interdire ou …de l’autoriser.

Difficile d’admettre que le respect des libertés académiques implique un code vestimentaire excluant l’échange et consacrant l’infériorité des femmes. Faut-il rappeler ce qu’écrivait Tahar Haddad dans son argumentation en faveur de l’émancipation des femmes en 1930: « l’usage du voile était imposé à la femme dans le dessein d’éloigner la tentation. Cela fait penser à l’usage de la muselière que l’on impose au chien afin qu’il ne morde pas les passants. Son usage rappelle dans certains cas le masque qu’utilisent les malfaiteurs. Quelle utilité peut-il avoir aujourd’hui? »

L’Université, espace du savoir

L’exigence des libertés d’expression et de création est incontournable au sein de l’Université, lieu de transmission et d’échange du savoir qui doit être à l’abri des manipulations politiques.

L’histoire du mouvement islamique en Tunisie a montré le contraire, sa cible prioritaire dès les années 1970, était l’Université tunisienne. Les atteintes à l’inviolabilité de cet espace du savoir, rappelées précédemment, éclairent sur la permanence de cet objectif de déconstruction auquel ne réagit pas l’autorité de tutelle. Elle qui, au contraire, a soutenu le projet de réouverture de la Zitouna et accepté l’occupation de la tribune d’un amphithéâtre par un prédicateur wahhabite.

Nous sommes bien loin de ce que devrait être le lieu où l’on enseigne et l’on transmet le savoir, un savoir libéré de l’emprise du dogme, conçu comme une quête permanente d’intelligibilité du monde, celle d’un esprit libre et dégagé de tous les tabous. Redonner à l’Université sa vocation de transmettre le savoir est un combat qui vaut la peine d’être mené comme celui de soutenir les enseignants universitaires attaqués, poursuivis dans des procès liberticides.

Une Université efficace et tournée vers le futur

Depuis le 19ème siècle, les pays arabes ont réalisé leur retard par rapport à l’Europe industrialisée et introduit l’enseignement des sciences exactes et des langues étrangères dans de nouvelles institutions, tel que le Collège Sadiki créé en 1875 par Kheireddine.

Aujourd’hui, cet écart, au lieu d’être comblé, ne fait que s’accroître. Plutôt que d’être paralysé par la nostalgie de l’âge d’Or de la science arabe, nous devons nous mobiliser pour mieux exploiter les capacités de notre jeunesse.

Le monde est de plus en plus complexe et notre enseignement est trop morcelé pour proposer une connaissance « pertinente », comme le propose Edgar Morin, une connaissance qui sait se situer dans son contexte et, au-delà, dans l’ensemble auquel elle est rattachée, à la fois analytique et synthétique qui relie les parties au tout et le tout aux parties.

Repenser l’enseignement à l’Université est une urgence, tous les tunisiens en sont convaincus. Le constat est clair, les voies pour sortir de l’impasse ne sont toujours pas esquissées. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique est plus soucieux de protéger quelques étudiantes irrespectueuses des règles académiques que d’engager rapidement une réflexion -impliquant le monde l’entreprise- pour une meilleure adéquation formation/emploi pour les dizaines de milliers (75 000 en 2011) d’étudiants diplômés.

De plus, le ministère n’a pas rompu avec les pratiques de l’ancien régime multipliant les effets d’annonces par la création de nouvelles institutions, créations ne se traduisant par aucune incidence véritable sur l’activité universitaire, telles celles de deux centres de recherches créés en juillet 2012 en « microélectronique et nanotechnologie » au technopôle de Sousse et en « informatique, multimédia et traitement numérique des données » au technopôle de Sfax. Deux nouvelles créations qui vont s’ajouter aux centres de recherche à Borj Cédria et Sidi Thabet dont le nombre des publications et brevets restent très en deçà de ce que l’on pourrait en attendre, compte tenu du financement important qui leur est consacré.

Peut-être serait-il préférable de focaliser les moyens humains et financiers pour les grands ensembles universitaires tels que ceux d’El Manar et de La Manouba qui accueillent des dizaines de milliers d’étudiants, et pour rectifier un déséquilibre régional inacceptable. Peut-être serait-il préférable de donner plus de moyens à des recherches en relation avec la santé et les secteurs traditionnels de l’agriculture et de la pêche, et de favoriser des recherches en relation avec des industries implantées de longue date dans notre pays (textiles, chimiques, mécaniques) pour en faire des secteurs industriels de pointe impliquant des produits innovants.

On pourrait poursuivre la réflexion sur l’Université du futur mais la condition préalable est un mode de gouvernance garantissant les libertés fondamentales d’opinion et d’expression et sollicitant l’ensemble des acteurs dans la société pour prendre en main leur avenir.

Par Faouzia Farida Charfi, publié dans Huffington Post Maghreb, 13 septembre 2013.

Ancienne professeur à la Faculté des Sciences de Tunis, à l’Institut Préparatoire aux Etudes Scientifiques et Techniques et à l’Ecole Polytechnique de Tunisie, Faouzia Charfi, retraitée depuis 2002, a également été Secrétaire d’Etat à l’Enseignement Supérieur du Gouvernement provisoire (18-01-2011 / 01-03-2011).

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Leçons de la débâcle du début du Ramadan en France https://islam-science.net/fr/lecons-de-la-debacle-du-debut-du-ramadan-en-france-837/ Sun, 25 Aug 2013 14:54:43 +0000 http://islam-science.net/?p=837 En tant que musulman et astronome, quelqu’un qui a beaucoup œuvré pour l’intégration harmonieuse de l’Islam avec les données de la science et de la vie moderne, j’ai été grandement navré d’assister au chaos qui s’est produit en France concernant la date du début de ce Ramadan. Cette débâcle aura, malheureusement, des retombées très négatives, non seulement pour l’Islam en France (ses pratiques, ses structures, sa réputation) mais aussi bien au-delà, au moins concernant nos efforts d’harmonisation sus-mentionnés.

Certains vont blâmer les astronomes et autres « modernistes » de l’Islam, et beaucoup vont se réjouir de la « victoire » de l’Islam traditionnaliste. Mais ce serait faire preuve de peu de discernement ainsi que d’incompréhension de la question que de décider de reléguer la science et de s’attacher aux anciennes pratiques qui avaient produit tout autant de chaos pendant toutes ces années. Les musulmans de France et d’ailleurs doivent-ils se lier aux dates décrétées en Arabie Saoudite (qui a les taux d’erreurs les plus élevés du monde musulman) ?

Pour ce qui est de cette débâcle, d’abord, il faut garder en tête les facteurs « socio-politiques » (si bien rappelés par Haoues Seniguer dans son interview avec Oumma le 9 Juillet). Mais je ne reviendrai pas sur tout cela, bien que primordial. Mon objectif ici est de tirer quelques leçons en rapport avec le décret du calendrier islamique et comment minimiser les dangers de dérapage(s) à l’avenir.

Les instances islamiques de France (CFCM, UOIF, etc.) ont eu une double malchance : a) le croissant du 8 Juillet n’était visible qu’en Amérique du Sud et seulement à l’aide de télescopes (donc observable nulle part dans le monde musulman) ; b) le choix avait été arrêté sur le « critère turque » qui stipule que le Ramadan débute et se termine dès que le croissant est observable quelque part dans le monde. C’est l’idée d’un calendrier musulman « universel », qui produit une seule et même date et doit s’appliquer au monde entier.

Et « malheureusement », il n’y a pas eu cette année le désordre qui se produit presque à chaque fois dans le monde musulman avec des instances officielles décrétant le début du Ramadan sur la base de témoignages d’observation du croissant qui sont complètement erronés mais qui sont acceptés. Et donc, le monde musulman a presque unanimement commencé le mois sacré le 10 Juillet (aucune « observation » n’ayant été reportée ou acceptée le 8), sauf la Turquie et le Pakistan. La Turquie, fidèlement au critère universel sus-cité et rigoureuse avec sa pratique, a commencé le Ramadan le 9. Le Pakistan, par contre, adopte un critère archaïque d’observation « locale » (ni régionale, ni continentale, encore moins universelle), et commencera donc le Ramadan le 11 Juillet.

Cependant, le fait que le critère adopté par les instances musulmanes françaises (dans ce fameux congrès du 9 Mai) allait produire ce genre de décalage était connu et aurait dû être pris en compte, pédagogiquement, socialement, même juridiquement, au lieu de se mettre à improviser durant « la nuit du doute », qui logiquement n’existe plus.

En effet, un certain nombre d’astronomes musulmans (dont moi-même) avions depuis des années préconisé l’adoption d’un calendrier musulman bi-zonal, où les Amériques sont séparées des anciens continents, si bien qu’un croissant visible uniquement en Amérique du Sud (comme ce cas-ci) n’a aucun effet sur le début du mois dans notre partie du monde. Un tel critère nous aurait prévenu de la débâcle que nous venons de venir, tout en présentant tous les avantages d’un calendrier, c.-à-d. la connaissance à l’avance des dates, la planification de notre vie dans toutes ses dimensions, l’unification des communautés, une excellente réputation d’harmonisation avec la modernité, etc.

J’appelle donc les instances musulmanes de France à tout simplement adopter ce critère, dont j’ai montré dans des travaux présentés dans des congrès il y a plusieurs années et publiés qu’il minimise à l’extrême le genre de problème que nous venons de vivre.

D’autre part, il me semble qu’un grand travail pédagogique était nécessaire au moins cette année, avec une campagne d’explication de la part des fouqahas et des astronomes musulmans, afin de bien préparer les communautés de France et d’Europe ; malheureusement, cela n’a pas été fait, et au lieu de faire un pas en avant, il semble que nous ayons fait deux pas en arrière…

Pour conclure, disons que des erreurs ont été commises (sans parler des actions de mauvaise foi), et que si nous tirons les leçons de manière adéquate, peut-être que cela nous aidera à mieux aller de l’avant. Une tentative positive a été faite ; pour une fois, les leaders (communautaires) musulmans n’ont pas été figés et réactionnaires. Un deuxième effort reste à faire. Incha-Allah cela sera suffisant.

 Par Nidhal Guessoum, publié dans oumma.com, le 10 juillet 2013.

Nidhal Guessoum est vice-recteur et professeur de physique et d’astronomie a l’Université Américaine de Sharjah, aux Emirats Arabes Unis.

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La « pause » du réchauffement climatique pourrait être provoquée par le refroidissement du Pacifique https://islam-science.net/fr/le-refroidissement-du-pacifique-provoquerait-une-pause-du-rechauffement-climatique-1209/ Tue, 10 Sep 2013 00:00:56 +0000 http://islam-science.net/?p=1209 Prochainement, le GIEC publiera le premier volet du cinquième rapport de synthèse sur la question physique des changements climatiques. Or, la température de l’air n’augmente plus depuis 1998, celle de la mer depuis 2003. Ne vit-on pas un refroidissement en fait ? Et pourquoi la température sur le globe semble-t-elle se stabiliser depuis quinze ans, malgré des émissions record de gaz à effet de serre ?

Cette « pause », qui ne remet pas en question le réchauffement global à long terme, pourrait être liée à un refroidissement du Pacifique tropical, selon une étude publiée récemment dans la revue Nature.

Mais avant d’en parler, réalisons un point sur un enjeu majeur de la recherche climatique : la prévisibilité décennale.

La variabilité décennale

Le système climatique est le siège de variabilité à toutes les échelles de temps. Ainsi les interactions « naturelles » entre l’océan et l’atmosphère (deux fluides aux propriétés très différentes) entraînent une variabilité du climat sur des échelles de temps décennales. Ces variations décennales apparaissent très clairement sur les courbes d’évolution de la température globale depuis 1860. On peut trouver de nombreuses périodes où la température augmente peu (voir la figure ci-dessous : comparer la période 1997-2008 avec 1987-1996 ou 1977-1989). Pourtant il semble difficile d’affirmer que la température globale ne s’est pas élevée depuis les 50 dernières années. Cette propriété de variabilité décennale est également simulée par les modèles numériques de climat les plus élaborés. Une meilleure compréhension de cette variabilité décennale est d’ailleurs le sujet d’intenses recherches qui permettront d’évaluer s’il est possible de la prévoir en initialisant habilement les modèles avec les observations disponibles.
Le même type de raisonnement peut être utilisé concernant le changement de niveau marin, qui est influencé notamment par la température.
Ainsi on ne peut pas dire que l’on vit un réchauffement, mais plutôt que la variabilité naturelle du climat masque sur des échelles de temps décennales le réchauffement climatique lié aux émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique. L’effet de ces émissions apparaît par contre plus clairement à des échelles de temps plus longues (voir la tendance sur les 50 dernières années).

Evolution de la température globale (données du GISS) depuis 1880, avec en couleur quelques zooms d’une dizaine d’année.

Evolution de la température globale (données du GISS) depuis 1880, avec en couleur quelques zooms d’une dizaine d’année.

Températures stabilisées depuis quinze ans

La planète vient de vivre, en moyenne, sa décennie la plus chaude depuis le début des relevés de températures, en 1880 : la température moyenne mondiale, dopée aux émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, a grimpé de près d’un degré depuis la fin du XIXe siècle.

Toutefois, en dépit d’une concentration toujours plus élevée de CO2 dans l’atmosphère, la température moyenne en surface du globe a tendance à se stabiliser depuis quinze ans.

Plusieurs hypothèses sont explorées pour tenter d’expliquer ce « plateau », comme une éventuelle baisse d’activité solaire, une quantité plus importante de particules dans l’atmosphère, qui réfléchiraient les rayons du soleil, ou encore une absorption accrue de chaleur par les océans en profondeur.

Dans la revue Nature, des chercheurs de l’université de San Diego, en Californie (Etats-Unis), se sont intéressés particulièrement au rôle du Pacifique tropical est. Yu Kosaka et Shang-Ping Xie estiment que la prise en compte, dans les modèles climatiques, d’un récent refroidissement de la température de surface dans cette zone permet de « réconcilier les simulations climatiques et les observations ».

Le réchauffement va se poursuivre

Les deux chercheurs proposent une nouvelle méthode visant à inclure dans les données des modèles l’historique des températures de surface du Pacifique tropical est et centre. Bien que cette zone ne représente que 8,2 % de la surface du globe, « nos modèles reproduisent la température moyenne annuelle du globe remarquablement bien » entre 1970 et 2012, écrivent-ils.

Selon eux, la stabilisation actuelle ne serait que temporaire, et, même s’il peut se reproduire à l’avenir, la tendance sur plusieurs décennies au réchauffement « va très probablement se poursuivre avec l’augmentation des gaz à effet de serre ».

L’étude de la prévisibilité décennale

La prévision décennale est une thématique émergente de la recherche climatique, introduite . Elle est basée sur l’utilisation de modèles de climat, avec l’objectif de synchroniser les trajectoires climatiques simulées par ces modèles au plus près des observations pour la période passée, afin que le modèle prédise le plus fidèlement possible la trajectoire climatique dans les années futures. Un des principaux défis des expériences de prévision basées sur des modèles numériques couplant l’océan et l’atmosphère réside dans la méthode d’initialisation du système en général et de l’océan en particulier. Plusieurs techniques sont mises en oeuvre: un rappel simple en surface vers les conditions observées (température et/ou vent), un rappel vers un état océanique ré-analysé à partir d’observations disponibles ou calculé à partir d’un modèle océanique forcé, ou encore une assimilation directe des observations océaniques disponibles dans le modèle climatique couplé. Le choix peut être vu comme un compromis entre l’origine physique de la variabilité décennale du système et le développement technique associé.

En France, l’IPSL a participé récemment au premier exercice international de prévisions du climat à l’échelle de temps décennale. Dans le cadre du projet européen SPECS récemment financé, 20 laboratoires européens se sont regroupés pour essayer d’améliorer ce premier exercice de prévisibilité. Un certains nombre de configurations liées à ces techniques d’initialisation et de prévisions devront être développées et testées : augmentation de la fréquence des prévisions, tests en résolution, génération d’ensemble pour simuler le bruit atmosphérique et l’incertitude sur les données, etc.

Par Gillali Abdelaziz.

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Colloque sur la science et la religion. Quelle place pour l’Islam? https://islam-science.net/fr/colloque-sur-la-science-et-la-religion-quelle-place-pour-lislam-1127/ Fri, 06 Sep 2013 05:00:16 +0000 http://islam-science.net/?p=1127 Un projet international, dont l’objectif est d’instaurer un dialogue entre la science et la religion à partir des dernières découvertes scientifiques, est lancé depuis 5 ans par d’éminents chercheurs issus des universités de Paris, Cambridge et de Sharjah (américaine), des Emirats Arabes Unis.

Colloque sur la science et la religion

L’université Emir Abdelkader des sciences islamiques abrite depuis vendredi et jusqu’à dimanche, un colloque autour de ce concept,
«porteur d’espoir pour le monde», qui rassemble d’éminents chercheurs, selon le recteur de l’institution Abdallah Boukhalkhal. Le Dr Jean Staune, de l’université interdisciplinaire de Paris, a expliqué les «Rapports de la science et la religion aujourd’hui». En marge du colloque, il nous a livré les précisions suivantes: «Les nouvelles révolutions en science permettent un rapprochement avec les religions, des voies nouvelles, pas pour prouver, mais pour crédibiliser, être en phase avec ce que préconisent les grandes religions; la vision du monde par le Coran et la Bible ne s’explique pas par elle-même, et c’est ça qui est dit par la science aujourd’hui. Au-delà des interprétations littérales des textes sacrés, la science propose une compréhensibilité et une reconnaissance de ses limites; l’humilité des savants aujourd’hui consiste à admettre d’autres vérités, comme l’idée d’une force transcendante.»

Selon lui, le scientisme et le «séparationnisme» sont aujourd’hui dépassés. En cela, il est rejoint par le Dr Nidhal Guessoum, de l’université américaine de Sharjah, qui relève le peu de recherches faites dans ce sens en Algérie. «De la science classique à la science moderne: le rôle des savoirs produits en pays d’islam», est l’autre thématique abordée par le Dr Ahmed Djebbar, ancien ministre de l’Education. «Les rapports de l’astronomie et de la cosmologie avec la religion aujourd’hui» est le sujet qui sera proposé aujourd’hui par le Dr Abd-al-Haqq (Bruno) Guiderdoni, de l’Observatoire de Lyon.

Il nous en a donné un aperçu, hier, dans un entretien exclusif : «Le dialogue entre la science et la religion représente deux forces qui façonnent le monde; la science nous permet de nous déterminer afin de prendre des décisions sur les problèmes environnementaux;
la science nous avertit, et chaque religion doit avoir un rapport à la science bien compris pour éviter les conflits; les musulmans ont un message à apporter au monde parce qu’ils ont toujours cru à l’unité de la connaissance.» Rappelons que le Dr Guiderdoni est l’un des animateurs de l’émission de France 2: «Connaître l’islam».

Par Farida Hamadou, publié dans El Watan, le 20 juin 2012.

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La visibilité du croissant lunaire et le Ramadan https://islam-science.net/fr/la-visibilite-du-croissant-lunaire-et-le-ramadan-832/ Sun, 25 Aug 2013 14:24:34 +0000 http://islam-science.net/?p=832

En Islam, les occasions et les fêtes religieuses sont datées par le calendrier lunaire. Le début de chaque mois est défini par la première observation du croissant. Cette démarche, qui fait reposer le calendrier sur des témoignages visuels, conduit souvent à des situations en contradiction avec les données objectives. Il s’ensuit un malaise de la communauté musulmane, particulièrement perceptible lors de la détermination du commencement du mois de ramadan. Quant aux astronomes, qui se préoccupent d’établir des critères de visibilité du croissant depuis plusieurs siècles, ils ont abouti à des solutions fiables depuis seulement deux décennies…

Le calendrier grégorien est aujourd’hui adopté dans la plupart des pays, y compris dans de nombreux pays musulmans. Il permet de dater sans ambiguïté tous les événements de la vie quotidienne et tous les actes de la vie civile. Les fêtes religieuses chrétiennes telles que Noël ou même Pâques peuvent elles aussi être définies de façon non équivoque longtemps à l’avance. Rien de comparable ne semble possible avec le calendrier rituel adopté par l’Islam qui est un calendrier lunaire*. Fondé sur l’observation visuelle du croissant lunaire, et reposant donc en pratique sur des critères peu rigoureux, des erreurs peuvent se faire jour lors de la détermination du début de chaque mois. Du fait de l’absence de test ou d’expertise des témoignages, voire à cause des illusions d’optique favorisées par les effets atmosphériques, il n’est pas rare d’aboutir ainsi à des situations où des millions de personnes dans deux pays voisins, ou dans un même pays, observent des fêtes ou débutent les mois à des dates différentes. Il arrive également que d’un pays à l’autre des journaux puissent afficher des dates différentes pour le même jour…

Cette situation confuse suscite un trouble chronique dans la communauté musulmane. Mais le malaise devient aigu lors de la détermination du commencement du mois de ramadan*, qui marque aussi le mois du jeûne. Dans le calendrier islamique, ramadan est le neuvième mois de l’année. Il débute au lendemain de l’apparition du nouveau croissant juste après une conjonction*, et se termine après une nouvelle observation du croissant naissant qui, elle, signale la rupture du jeûne l’aid el-fitr . Le jeûne de ramadan constitue l’une des cinq prescriptions de l’Islam. Sa relation avec l’observation du croissant lunaire se fonde principalement sur une célèbre citation hadith du Prophète Mohammed concernant le début et la fin du neuvième mois de l’année religieuse : « Jeûnez après l’observation [du croissant] et célébrez la fin [du ramadan] après l’observation ; si le temps est couvert, complétez 30 jours de Châbane [mois qui précède le ramadan]. »

En pratique, la même démarche est ainsi suivie dans quasiment tous les pays musulmans. La veille qui précède éventuellement le début ou la fin du mois de jeûne, on surveille avec une grande attention l’horizon local après le coucher du soleil pour tenter de distinguer le fin croissant. Si celui-ci est signalé, les musulmans entament le jeûne le lendemain même, sinon ce sera le surlendemain. La même situation se reproduit à la fin du mois de ramadan. Pour cette raison la nuit du 29e jour est appelée communément « nuit du doute » leilat e-chek . Le Prophète ne dit cependant rien des critères qui permettraient de valider ces observations. Les conditions de l’acceptation d’un témoignage d’observation du croissant ont dès lors dû être abordés et définis en premier lieu par les différentes écoles de jurisprudence islamique1.

L’école Malékite, dominante au Maghreb, distingue ainsi trois situations. La première correspond à une observation faite par une foule d’un si grand nombre que la possibilité de fraude ou d’erreur est automatiquement écartée. Aucune condition n’est alors posée sur les membres de cette foule : ils peuvent être musulmans ou non, hommes ou femmes, etc. Le début du mois est immédiatement décrété. Le deuxième cas envisagé est celui où l’observation est faite par deux hommes honnêtes. Honnêtes signifiant ici qu’on a affaire à des hommes libres et non à des esclaves…, majeurs, mentalement sains et n’ayant pas commis de délit religieux grave. Le mois est alors établi pour le début ou la fin de ramadan, que le ciel soit dégagé ou nuageux. Mais si le temps est nuageux, nous dit-on, l’observation d’un homme et d’une femme ou l’observation de deux femmes ne sont pas acceptables. Enfin, les Malékites envisagent la possibilité d’une observation réalisée par une seule personne.

Dans ce cas, le mois ne peut être établi que si ladite personne est le gouverneur de la région ou du pays. Sinon l’observation est rejetée par la communauté, mais jugée valable pour son auteur qui est invité à entamer le jeûne.

Trois autres écoles, dont l’influence est surtout marquée dans les pays de l’Orient musulman Machrek, proposent des critères plus simples. Ainsi l’école hanafite ne se fonde-t-elle que sur l’état du ciel. Si le ciel est clair, l’observation d’une foule dont le nombre minimal est à déterminer par le gouverneur est nécessaire. Si, au contraire, le ciel est nuageux, l’observation par une seule personne homme ou femme est suffisante, parce que le croissant devient difficilement observable, et il ne faut donc pas exiger un grand nombre. Pour l’école shafiite, l’observation d’une seule personne suffit, à condition que celle-ci soit un homme honnête au sens donné plus haut. Aucune distinction n’est faite entre temps clair et nuageux. Pour l’école hanbalite, enfin, le mois est établi si une personne honnête cette fois homme ou femme, libre ou non au moins déclare avoir observé le croissant, même si cette observation a été faite parmi une foule et qu’aucune autre personne n’a pu voir le croissant.

D’évidence, ces approches de la question ne permettent pas de connaître à l’avance la date des occasions religieuses. Les tensions entre jurisconsultes et la confusion proviennent alors de ce que l’observation du croissant, insérée dans une démarche religieuse, n’est assimilée que secondairement à une observation astronomique. Elle est d’abord envisagée comme un « témoignage » chahada , dont la véracité ne dépendrait que de la piété ou de l’appartenance sociologique de son auteur. La nécessité de soumettre l’observation à des critères objectifs appartenant en propre aux sciences n’est pas ressentie2. L’expertise du témoignage lui-même est donc rare. Et, en particulier, les illusions d’optique et autres erreurs d’observa-tion sont rarement envisagées. Parfois, comme chez les Malékites, la détermination du début et de la fin du mois par le calcul astronomique est explicitement rejetée, « même si elle s’avère correcte » , écrit-on.

Reste que ce rejet radical de l’astronomie n’a jamais été unanime dans la tradition musulmane. L’histoire retient ainsi le nom de quelques juristes, peu nombreux il est vrai, qui ont prôné le recours à la science pour résoudre sans ambiguïté cette question. Tel est, par exemple, le cas de Assoubki XIVe siècle, un adepte de l’école shafiite, qui déclarait nulle toute observation considérée comme impossible par la science. Pour tout dire, le Coran lui-même invite à cette démarche : « C’est Lui [Dieu] qui a fait du Soleil une clarté et de la Lune une lumière ; il en a déterminé les phases afin que vous connaissiez le nombre des années et le calcul du temps 3 » . Et c’est bien dans un esprit analogue que s’est développée l’astronomie arabo-musulmane. Son souci constant ayant toujours été de placer au service de la foi les techniques qu’elle élaborait et les connaissances qu’elle acquérait, parfois au prix de patientes accumulations d’observations.

Ainsi n’a-t-on cessé de constater, en contrepoint de la méfiance des jurisconsultes, un engouement marqué des astronomes médiévaux de l’Islam pour la résolution de cette question. Si les plus anciennes observations du croissant proviennent des Babyloniens4, les premières études rigoureuses relatives à la question remontent seulement à l’ère islamique*. Nombre d’astronomes, utilisant le système géocentrique de Ptolémée, ont alors développé plusieurs conditions critiques pour la visibilité du nouveau croissant dans le but de prédire le début d’un mois nouveau. Les anciens ont souvent soutenu qu’il fallait attendre au moins 24 h après la conjonction pour être en mesure de voir le nouveau croissant. Mais, utilisé par le mathématicien Al-Khwarizmi 780 ?-863 pour construire des tables de prédictions5, le critère de visibilité le plus populaire restera celui des 12°. Il stipule que le croissant peut être vu si la Lune est séparée du Soleil d’un angle de 12° le long de l’équateur céleste, au moment de son coucher. Le délai entre les passages successifs des deux astres sous l’horizon est estimé à 48 mn au moins fig. 1.

Un critère plus précis est cependant aussi déjà disponible dès le début de cette période. On le doit à Ibn Tariq VIIIe siècle. Selon celui-ci, l’observation du nouveau croissant est possible si une des deux conditions suivantes est remplie toujours au moment du coucher du Soleil : soit le délai entre le coucher du Soleil et celui de la Lune dépasse 48 mn, et l’angle entre les deux astres est supérieur à 11,25°, soit le délai est supérieur à 40 mn et l’angle apparent dépasse 15°. Un autre critère également important, utilisé par Tabari6 XIe siècle, stipule que le croissant pourra être vu si, au moment du coucher de la Lune, le soleil dépasse une certaine dépression hauteur au-dessous de l’horizon local. Une valeur critique de 9,5° est souvent adoptée pour cette dépression minimale. Des critères plus complexes combinant plusieurs conditions supplémentaires ont également été envisagés. Al-Battani 850-929 introduit ainsi dans ses calculs l’azimut* et la distance Terre-Lune. Ibn Yunus7 XIe siècle, pour sa part, considère l’épaisseur du croissant ainsi que la vitesse orbitale de la Lune. Ibn Yunus a également évoqué pour la première fois l’importance des conditions météorologiques et des aptitudes visuelles de l’observateur.

Il n’en reste pas moins que les critères de visibilité adoptés traditionnellement, qui ont tous été de nature astronomique, se sont révélés en définitive peu satisfaisants. Une analyse de 201 résultats d’observation du nouveau croissant s’étalant sur plus de cent trente années a montré, par exemple, qu’un délai d’au moins une demi-heure est généralement nécessaire entre les couchers du Soleil et de la Lune8, mais elle a aussi révélé l’intervalle le plus court jamais enregistré : 22 mn seulement. Le test du critère concernant l’âge du croissant temps écoulé depuis la conjonction a également été battu en brèche. Cette fois semble-t-il surtout par des amateurs de performances. Le record de la plus jeune lune observée à l’oeil nu, détenu par l’astronome Julius Schmidt depuis 1871 15 h 24 mn, a ainsi été battu en 1990 par John Pierce9 : il est maintenant de 15 heures tout juste. Et depuis 1996, Jim Stamm10, utilisant un télescope de 20 cm de diamètre, place désormais la barre à l’aide d’un instrument à 12 h 6 mn…

Les astronomes n’ont cependant pas attendu ces discordances extrêmes pour tenter de dépoussiérer les anciens critères. Se fondant sur 76 observations, rassemblées à Athènes principalement par Julius Schmidt, entre 1859 et 1880, un astronome de l’observatoire de l’université d’Oxford, James Fotheringham 1874-1936, a ainsi proposé, dès 1910, un nouvel algorithme simple de prédiction. Celui-ci se révèle en fait assez similaire aux critères posés par les astronomes de l’Islam : il est lui aussi fondé sur des considérations purement géométriques des positions relatives du Soleil, du croissant et de l’observateur. Le critère de Fotheringham postule que le croissant est visible si l’arc de vision fig. 1 est supérieur à une limite qui dépend de l’azimut de la Lune par rapport au Soleil. Pour un azimut nul, cette limite est de 12°, mais elle se trouve réduite à 10° lorsque l’azimut est de 20°. En 1932, l’astronome André Danjon a proposé, quant à lui, une méthode11, fondée sur une relation entre la longueur du croissant et l’angle séparant la Lune du Soleil fig. 2. Son critère, dit des 7°, sera pendant un temps très largement utilisé pour la prévision du nouveau croissant par les instances islamiques officielles.

Plus près de nous, en 1984, Mohammed Ilyas, un physicien de l’université des Sciences de Malaisie, a amélioré le critère de Fotheringham en traitant, cette fois, la question d’un point de vue plus large. Pour cela, il a considéré tout le globe terrestre et, prenant un par un quelque 300 points au total, il a pu faire ressortir une ligne de séparation, qu’il appelle ligne de date lunaire12. A l’ouest de cette ligne le croissant est visible le soir du nouveau mois, alors qu’à l’est il ne peut être vu que le soir suivant fig. 3.

Ces méthodes, malgré les améliorations apportées, se sont cependant révélées incapables de résoudre le problème de la visibilité du croissant de façon satisfaisante et définitive. Les observations de Schmidt, faites à Athènes au XIXe siècle, par exemple, ne pouvaient pas mener à un critère général valable aussi bien en Arabie Saoudite, en Malaisie ou en Argentine. En 1977, Franz Bruin, un chercheur de l’observatoire de l’université américaine de Beyrouth, a bien tenté de dépasser les critères purement astronomiques de ses prédécesseurs en y ajoutant des considérations sur le contraste de brillance entre le croissant lunaire et le ciel, et sur la limite de détection de l’oeil humain.

Mais si le modèle de Bruin apporte effectivement un progrès, il repose encore en partie sur des bases empiriques et ne tient pas compte des conditions d’observation locales. On sait que les conditions d’observation pollution, humidité, température de l’air, altitude sont très différentes d’un lieu à un autre et d’une époque à une autre. Or, en la matière, elles apparaissent déterminantes, comme l’a montré, en 1988, Bradley Schaefer, un astrophysicien de la NASA aujourd’hui à Yale. Ce chercheur a donc proposé d’améliorer l’algorithme de Bruin en ajoutant à la prise en compte de tous les effets de mécanique céleste et de physiologie ceux de la météorologie locale : absorption et extinction des rayons lumineux en provenance de la Lune, température au sol, humidité du site d’observation, effets saisonniers, etc.

Restait à tester les différents modèles en les confrontant aux observations. D’un côté, à l’initiative d’Ilyas, un réseau a ainsi commencé à se constituer à partir de 1989, à travers la plus grande partie possible du monde musulman. De l’autre, cinq campagnes d’observation ont également été menées aux Etats-Unis à l’instigation de Schaefer entre 1987 et 1990, avec le soutien des médias américains. Les résultats obtenus se sont révélés assez impressionnants : pas moins de 2 500 volontaires ont participé à l’aventure. Ce qui s’est traduit par une amélioration immédiate de la liste des observations indépendantes et fiables faites depuis 1859. Leur nombre est passé de 201 à 251.

Pour la première fois, un travail statistique a été possible et a permis de comparer les différents modèles. Il a aussi enfin été possible de confirmer par l’observation que, les conditions atmosphériques mises à part, la visibilité du croissant augmente avec la longitude ouest, du fait du mouvement orbital de la Lune. Mais l’un des résultats les plus étonnants a sans doute été la mise en évidence de taux d’échecs relativement importants dans le cas où l’on aurait pu pourtant dire sans ambiguïté que le croissant était visible ou ne l’était pas. L’analyse des observations a ainsi révélé, d’une part, 15 % d’erreurs « positives » . C’est-à-dire 15 % de cas où le croissant n’était pas visible, mais où des personnes affirmaient l’avoir repéré. Et, d’autre part, 2 % d’erreurs « négatives ». Autrement dit, de cas où le croissant est parfaitement observable, mais où des personnes reconnaissaient ne pas l’avoir vu.

Ces chiffres resteraient encore à affiner par de nouvelles campagnes d’observation. Mais ils suggèrent déjà l’importance du facteur humain dans l’obser- vation du croissant. Et cela même hors de tout cadre religieux. Il apparaît dès lors intéressant de considérer comment de telles discordances peuvent apparaître concrètement et s’analyser dans un pays musulman. En situation réelle, pourrait-on dire. C’est dans cet esprit, que nous nous sommes livrés à une étude comparative des dates religieuses telles qu’elles ont été décrétées par les autorités officielles en Algérie, entre 1963 et 1994, avec les calculs astronomiques. Pour cela, nous avons considéré les dates du début du mois du jeûne 1er ramadan, de la fête de la rupture du jeûne 1er shawal et de la fête du Sacrifice 10 dhul-hijja. Les données historiques ont été rassemblées à partir des archives de la presse algérienne. Elles ont ensuite été confrontées aux éphémérides astronomiques relatives à la ville d’Alger. Ainsi, pour chaque date décrétée sur la base d’une « observation » du croissant, reconnue valide par les autorités religieuses, il a été possible de déterminer la date et l’heure de la conjonction correspondante, le délai entre les couchers du Soleil et de la Lune, ainsi que l’angle qui sépare les deux astres au moment de l’observation.

Les comparaisons peuvent alors se faire sur des critères de rejet ou de prédiction. Trois types de critères de rejet ont été envisagés : le critère de l’âge, qui stipule que jamais un croissant n’a été observé – de manière vérifiée et assurée par les spécialistes – lorsque l’âge du croissant était de moins de 15 h ; le critère du délai entre les couchers du Soleil et de la Lune, selon lequel jamais un croissant n’a été observé lorsque ce délai était de moins de 22 mn ; et, enfin, la limite de Danjon. Quant aux critères de prédiction, ils sont nombreux mais nous en avons sélectionné deux : le critère d’Ilyas, évoqué plus haut, qui correspond à une synthèse moderne des critères géométriques anciens et de l’approche astrophysique, ainsi que le critère plus traditionnel d’Ibn Tariq, qui, lui, semble pouvoir être retenu comme le plus précis de l’ère islamique.

Premier constat, l’existence d’un nombre élevé de cas où le mois a été décrété par les autorités, alors que la conjonction n’avait même pas encore eu lieu et/ou que la Lune s’était couchée avant le Soleil l’observation du croissant étant alors strictement impossible. Sur quatre-vingt-dix-huit dates, quatorze cas de ce genre se sont présentés, soit un taux de 14,3 % ! Dans environ la moitié des 98 cas, une des limites absolument établies a été violée. Et si l’on considère les critères de prédiction, dans au moins trois cas sur quatre, les instances officielles étaient en contradiction avec les prédictions astronomiques.

Quand nous avons dressé des histogrammes où sont comptabilisés les nombres d’erreurs par année fig. 4, nous avons pu aussi constater qu’en Algérie le problème a connu approximativement trois périodes, si l’on se réfère aux critères de rejet. La première, de 1963 à 1972, où le nombre d’erreurs était très important une vingtaine sur trente-deux dates au total ; la seconde, de 1973 à 1988, où le nombre de désaccords entre les données astronomiques et les observations effectives était plutôt réduit une dizaine sur quarante-huit dates ; la troisième, de 1989 à 1994, où le nombre de désaccords a brusquement augmenté de manière très importante une dizaine sur dix-huit cas. Si en revanche on se réfère aux critères, moins solides, de prédiction Ibn Tariq ou Ilyas, la moyenne des désaccords sem-ble quasiment constante. Soit environ 2,5 par an.

Nous tenterons une explication sociologique de ces résultats surprenants. La première période, qui suit l’indépendance de l’Algérie 1962, a correspondu à l’absence de spécialistes de ce domaine dans le pays. De ce fait, les décrets ont très certainement été calqués sur les dates définies dans les pays du Moyen-Orient. Or, selon notre expérience personnelle, les cas de désaccords y sont habituellement encore plus nombreux qu’au Maghreb. Les années 1970 ont ensuite correspondu au début de la prise de conscience du problème et des méthodes à utiliser pour le régler. Les institutions algériennes, peut-on penser, ont alors dû faire appel aux spécialistes pour les guider dans leurs décrets.

Ce qui s’est traduit par une nette diminution, tout au long d’une période de quinze ans, du nombre de désaccords enregistrés. La fin des années 1980 a été marquée, pour sa part, par la résurgence des tendances fondamentalistes. Le calcul a eu tendance à être rejeté au profit, de nouveau, du témoignage visuel. On a alors, en toute logique, assisté à une augmentation brutale du nombre de cas ne s’accordant pas avec la réalité astronomique.

Etrange situation en vérité ! D’un côté, nous avons une question à laquelle il est possible de fournir aujourd’hui une réponse rigoureuse. De l’autre, une évidente réticence du corps social à adopter la solution ainsi proposée… En fait, la confusion suscitée par l’observation du croissant lunaire dans sa relation avec une pratique aussi centrale que peut l’être, dans la société musulmane, le jeûne du ramadan apparaît assez symptomatique d’un malaise plus profond. Et aussi peut-être d’un paradoxe. La longue et solide tradition scientifique arabo-musulmane est considérée en Occident comme un maillon essentiel dans l’élaboration des savoirs de l’humanité. Pourtant, elle pâtit toujours au sein de la société islamique d’un manque de reconnaissance. De ce point de vue, la question de l’observation du croissant apparaît exemplaire. Parce qu’elle révèle la contradiction en termes clairs, et montre aussi comment la lever, elle sonne comme une invitation à une réflexion élargie sur la place non seulement de l’astronomie, mais des sciences en général et de leurs méthodes dans le monde musulman contemporain.

Karim Meziane et Nidhal Guessoum: La visibilité du croissant lunaire et le ramadan, La Recherche n° 316, janvier 1999.

Notes

1 W. Azzuhaili, Le Fiqh islamique et ses arguments en langue arabe, 2e édition, Dar Al-Fikr, Damas, 1977.

2 N. Guessoum, M. El-Atbi et K. Meziane, Mois lunaires et calendrier islamique en langue arabe, Dar At-Taliaa, Beyrouth, 1997.

3 Le Coran , X-5.

4 F. Bruin, « The First Visibility of the Lunar Crescent », Vistas in Astronomy, 21 , 331, 1977.

5 E.S. Kennedy et M. Janjanian, The C rescent V isibility Table of Al-Khwarizmi’s Zij , Centaurus, vol. XI, 73, 1965.

6 J.P. Hogendijk, Journal for the history of Astronomy, vol. XIX , 29, 1988.

7 D.A. King, Journal for History of Astronomy, vol. XIX , 155, 1988.

8 B.E. Schaefer, Quaterly Journal of the Royal Astronomical Society, 29 , 511, 1988.

9 L.E. Dogget et B.E. Schaefer, « Lunar crescent visibility », Icarus, 107 , 388, 1994.

10 B.E. Schaefer, « Lunar crescent visibility », Quaterly Journal of the Royal Astronomical Society, 37 , 759, 1996.

11 A. Danjon, « Jeunes et vieilles lunes », L’Astronomie, 46 , 57, 1932.

12 M. Ilyas, Islamic calendar, times and qibla , Berita Pub., Kuala Lumpur, 1984.

*LE CALENDRIER LUNAIRE est un calendrier fondé sur le mouvement orbital de la Lune. L’année lunaire compte 12 mois qui ont alternativement 30 et 29 jours sauf le dernier mois qui peut selon les années compter 29 ou 30 jours. Une année dure donc 354 ou 355 jours, et 33 années grégoriennes correspondent à 34 années lunaires.

*LE RAMADAN de l’an 1419 de l’Hégire devrait avoir commencé, selon les critères théoriques, le 20 Amérique ou le 21 décembre 1998 reste du monde…

*LA CONJONCTION désigne en astronomie le rapprochement apparent maximal de deux astres. La conjonction de la Lune et du Soleil conjonction luni-solaire se produit quand l’angle qui les sépare est minimal. Cela correspond à la nouvelle lune. Inversement, dans le cas d’une pleine lune, l’écart entre les deux astres est maximal.

*L’ÈRE ISLAMIQUE débute, pour les historiens, avec l’émigration du Prophète Mohammed de La Mecque vers Médine an 622 de l’ère chrétienne et s’achève avec la chute de Grenade 1492 en Andalousie. En fait, la civilisation islamique ne s’étant épanouie que plusieurs siècles après l’avènement de l’Islam, on s’accorde généralement à utiliser l’expression pour dénoter la période où les sciences y fleurissaient, c’est-à-dire entre les IXe et XIVe siècles approximativement.

*L’AZIMUT est la distance angulaire entre un astre et une origine donnée, mesurée le long de l’horizon local.

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Le calendrier lunaire à la lumière des données astronomiques https://islam-science.net/fr/le-calendrier-lunaire-a-la-lumiere-des-donnees-astronomiques-770/ Fri, 23 Aug 2013 18:59:17 +0000 http://islam-science.net/?p=770 Le Prophète Muhammad (PBSL) n’a jamais incité les musulmans à rester illettrés. Au contraire, le premier passage coranique révélé au Prophète Muhammad (PBSL) met en valeur la plume comme outil d’écriture et du savoir.

1. Introduction

Le calendrier lunaire fondé sur l’observation de la nouvelle lune est utilisé par les musulmans, essentiellement, pour déterminer les dates associées à certaines célébrations religieuses (le jeûne de Ramadan, les fêtes religieuses, le pèlerinage, etc..). Pour les autres activités c’est le calendrier grégorien qui s’est imposé, y compris dans les Etats musulmans. Les raisons à cela sont multiples : Certes la mondialisation, dans les échanges internationaux, a plus ou moins imposé certaines langues, monnaies, ou calendriers, mais cela n’explique pas tout.

Pour qu’un calendrier puisse permettre de situer les différents événements dans le temps et servir de moyen d’organisation et de planification des différentes activités, il doit pouvoir répondre à trois exigences:

1)      Associer une date spécifique à chacun des jours d’une semaine, d’un mois ou d’une année donnée. Par exemple, nous avons besoin de savoir si le 1e chawal d’une année déterminée est un dimanche ou un autre jour de la semaine.

2)      La correspondance entre les dates et les jours doit être univoque : à une date doit correspondre un seul jour.

3)      Le calendrier doit être simple dans sa construction, dans son utilisation et à la portée des états et des communautés musulmanes.  Il doit servir à unir et à rassembler les musulmans et non à les diviser.

Il se trouve que, dans l’état actuel des choses, le calendrier lunaire basé sur l’observation mensuelle ne répond pas à ces exigences, contrairement au calendrier lunaire basé sur le calcul. C’est ce que nous espérons prouver dans ces quelques lignes, en s’inspirant des différents travaux réalisés sur le sujet et en priant le Très Miséricordieux de nous éclairer et de nous accorder Son Aide.

2. Observation visuelle ou calcul ?

De nombreux versets coraniques mentionnent que le soleil et la lune obéissent à des lois préétablies et incitent l’Homme à y chercher des signes de la grandeur de l’œuvre du Créateur. L’usage des différentes phases de la lune comme moyen pour se situer dans le temps est clairement mentionné dans le Saint Coran : « On t’interroge sur les nouvelles lunes. Dis-leur : Ce sont des moyens pour les hommes de mesurer le temps et de déterminer l’époque du pèlerinage. » (Coran 2.189), « C‘est Lui qui a fait du Soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul (du temps). Allah n’a créé cela qu’en toute vérité. Il expose les signes pour les gens doués du savoir » (Coran 10.5), «  Le nombre de mois, auprès d’Allah, est douze, dans la prescription d’Allah, le jour où Il créa les cieux et la terre… » (Coran 9.36).

La méthode pour déterminer les débuts des mois lunaires n’est pas explicitement exposée  dans le coran. Le verset coranique instaurant la prescription du jeûne du mois de Ramadan (9e mois lunaire) ne précise pas non plus cette méthode : «  Le mois de Ramadan est celui au cours duquel le Coran a été révélé pour guider les hommes dans la bonne direction et leur permettre de distinguer la Vérité de l’erreur. Quiconque parmi vous aura pris connaissance de ce mois devra commencer le jeûne… » (Coran 2.185). Ici, l’expression « aura pris connaissance » remplace le verbe arabe « Chahida » qui ne peut être assimilé au verbe « voir » comme le signale Ragheb Al Isphahani dans son dictionnaire des mots coraniques ([1]) et l’imam Fakhr Eddine Arrazi dans son livre de Tafssir ([2]).

En fait, l’observation de la nouvelle lune pour débuter le jeûne du mois de Ramadan trouve son origine dans les hadiths du Prophète Muhammad (PBSL) tel que: « Jeûnez lorsque vous le voyez (le premier croissant de lune) et cessez de jeûner lorsque vous le voyez, et s’il vous est caché par les nuages, déterminez-le. » (Recueil de Muslim), ou selon une variante : « Et s’il vous est caché par les nuages, complétez cha’ban (8e mois lunaire) en comptant trente jours.» (Recueil d’Al Bukhari).

Les opposants à l’usage du calcul s’appuient sur ce hadith pour affirmer que l’observation de la lune à l’œil nu est le moyen exclusif pour déterminer le début et la fin du mois de Ramadan. Les partisans du calcul, de leur côté, considère que le hadith n’indique pas cette exclusivité.

Un autre hadith est invoqué à la fois par les opposants et par les partisans du calcul: «  Nous sommes une nation illettrée. Nous n’écrivons pas et ne comptons pas. Les mois sont comme ceci et comme cela, c’est-à-dire 29 jours ou 30 jours » (Recueils de Muslim, et Al Bukhari ».

Pour les opposants, il s’agit là d’un rejet du calcul; les partisans y voient, au contraire, une incitation à recourir au calcul lorsque ce dernier est maîtrisé. C’est la situation du calcul et de l’écriture dans la péninsule arabique au VII siècle qui a conduit le Prophète Muhammad (PBSL) a proposer une règle simple, à la portée de tous, pour déterminer le début du mois ; et en vertu du principe de droit musulman selon lequel « une règle ne s’applique plus, si le facteur qui la justifie a cessé d’exister », la recommandation du Prophète ne s’applique plus aux musulmans, une fois qu’ils ont appris « à écrire et à compter » et ont cessé d’être « illettrés » (voir Qadi Ahmad Chakir[ 3]).

Le Prophète Muhammad (PBSL) n’a jamais incité les musulmans à rester illettrés. Au contraire, le premier passage coranique révélé au Prophète Muhammad (PBSL) met en valeur la plume comme outil d’écriture et du savoir : «  Lis et ton Seigneur Le Très généreux qui a enseigné avec le Calame ( plume), a enseigné à l’Homme ce qui ne savait pas » (Coran 96.3-5), et le hadith suivant : « Le jour de la résurrection, l’encre des savants et le sang des martyrs mis de part et d’autre sur une balance, c’est l’encre des savants qui l’emportera » ([ 4]), ne nécessite pas de commentaire !

A présent, examinons les trois exigences que doit satisfaire un calendrier, celles énumérées plus haut en introduction.

Concernant la première, personne ne peut contester que le « calendrier » basé sur l’observation de la nouvelle lune chaque 29e jour du mois lunaire au coucher du soleil, ne peut associer de date à des jours déterminés au-delà du mois en cours. Quant au calendrier basé sur le calcul, par définition même, il associe, à l’avance, des dates à tous les jours et ce pour de nombreuses années.

Concernant la deuxième, les faits montrent bien que les dates du « calendrier » sont associées à des jours différents dans différents Etats musulmans. Par exemple, la date «1er chawal 1426 » à laquelle est associée la célébration de l’Aïd El Fitr, lui correspond plusieurs jours : le mercredi 2 novembre 2005 dans 2 pays (Lybie, Nigéria) ; le jeudi 3 novembre dans 30 pays; le vendredi 4 novembre dans 13 pays et le samedi 5 novembre dans 1 pays (Inde). Cette situation, loin d’être exceptionnelle, est plutôt assez fréquente comme le montrent les travaux de de Nidhal Guessoum et Karim Meziane ([ 5 ]), Nidhal Guessoum, Mohamed el Atabi et Karim Meziane ([6]), Khalid Chraibi ([ 7 ]) et Mohammad Odeh ([ 8 ]).

Quant à la troisième exigence, l’observation mensuelle de la nouvelle lune a été longtemps un moyen de déterminer le début du mois lunaire. Ce moyen simple et efficace et à la portée de tous, nécessitait néanmoins un minimum d’expérience et d’habitude sur l’observation des astres comme il nécessitait un horizon bien dégagé et une bonne qualité de l’air. Ces exigences étaient justement satisfaites à l’époque du Prophète Muhammad (PBSL), alors que le calcul astronomique était quasiment inconnu chez les arabes de l’époque. Au fil du temps, l’expérience sur l’observation des astres est devenue de moins en moins acquise alors que le calcul astronomique devenait de plus en plus maîtrisé, si bien que dès le XIV-siècle, l’Imam Assoubki [ 9 ] (un des plus illustres imams de l’école chafi’ite) déclarait que toute observation considérée comme impossible par le calcul astronomique est religieusement non valide. De nos jours, à cause de la pollution, la qualité de l’air, notamment à proximité des grandes agglomérations, n’est plus ce qu’elle était dans le passé et l’observation de la lune est rendue difficile par l’intensité de l’éclairage industriel et le manque d’expérience et d’habitude chez les observateurs.

L’adoption des tables des heures des cinq prières rituelles qui sont basées sur le calcul n’a jamais suscité de débat ou d’opposition. Aujourd’hui, il ne viendrait à personne l’idée d’appeler les musulmans à vérifier à l’œil nu le lever de l’aube pour accomplir la prière du matin (Al Fajr), ou de vérifier le déclin du soleil à partir du zénith pour la prière de midi (Dohr), ou de mesurer l’ombre des objets pour s’assurer qu’elle est deux fois plus grande qu’eux-mêmes pour accomplir la prière de l’après-midi (Al‘Asr), ou d’observer le coucher du soleil pour la prière d’(Al Maghreb), ou encore de constater que le crépuscule a pris fin pour accomplir la prière de la nuit (Al ‘Icha). Les musulmans lorsqu’ils n’entendent pas l’appel à la prière du Muezzin, se remettent à leurs calendriers basées sur le calcul et vérifient l’heure sur leurs montres, comme le fait le Muezzin!

L’élaboration du calendrier lunaire étant du même ordre que l’usage des tables pour les prières rituelles, sa conformité avec les principes du droit musulman ne devrait donc pas être contestable.

Si l’on trouve un autre moyen apte à mieux réaliser le but recherché à savoir : jeuner le mois de Ramadan entier, si ce moyen est susceptible d’éviter l’erreur, l’imagination et le mensonge dans la détermination du début du mois; si ce moyen est devenu facile et ne pose pas de difficulté , s’il est à la portée de la communauté musulmane, maintenant qu’elle comporte de nombreux savants, astronomes, géologues, physiciens d’envergure internationale; si l’homme est désormais capable d’atteindre la lune, de s’y poser, d’y marcher et d’en ramener des échantillons de roches, et si de plus, ce moyen permet aux musulmans d’organiser et de planifier leurs activités à l’avance, pourquoi alors, nous en tiendrons-nous à un moyen, qui n’est pas une fin en soi ?

Cet autre moyen pourrait être obtenu en substituant le calcul astronomique à la méthode d’observation mensuelle de la nouvelle et en tenant compte du principe de « transfert de visibilité » consistant à accepter de débuter le mois partout dans le monde si le croissant est observable à n’importe quel endroit du globe un soir donné.

3. Règles de calcul

Le calcul astronomique peut nous donner l’heure exacte à quelques secondes près de la conjonction correspondant «  grossièrement » à l’instant où « la terre, la lune et le soleil » se trouvent « alignés », rendant la lune invisible à tout observateur quelque soit sa position sur la terre. Nous disons « grossièrement », car cet instant correspond plus exactement au moment où les centres de la terre, du soleil et de la lune se trouvent simultanément sur un plan perpendiculaire au plan écliptique. Après cet instant, la lune qui est en mouvement autour de la terre, quitte cette position et les lignes Terre-Lune et Terre-soleil forment alors un angle (Elongation) qui croit avec le temps, faisant ainsi accroitre, pour un observateur terrien, la possibilité de voir la lune à condition que celle-ci reste suffisamment au-dessus de l’horizon après le coucher du soleil.

Dès novembre 1978, la conférence internationale sur l’observation de la nouvelle lune (CHS) a réuni de nombreux pays musulmans à Istanbul en Turquie et le principe d’une règle permettant d’établir un calendrier « universel » basé sur le calcul, a été adopté. La Présidence des affaires religieuses de Turquie, qui assure depuis le secrétariat de la CHS a été chargée de faire une proposition. C’est dans ces termes que celle-ci a été faite : « Le mois lunaire est supposé commencer le soir où, quelque part sur Terre, le centre calculé de la nouvelle lune au coucher du soleil local est de plus de 5 ° au-dessus de l’horizon et l’élongation est de plus de 8 °» ([10]). Le calendrier qui en résulte est actuellement utilisé en Turquie et dans tous les pays à majorité musulmane de l’Europe (Bosnie, Kossovo, Albanie, Macédoine, etc.). Le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche (CEFR) ([11]) basé à Dublin vient également de l’adopter. Les musulmans d’origine Turque vivant en Europe, s’y conforment également.

L’Arabie Saoudite utilise depuis plusieurs décennies, à des fins civiles et administratives, un calendrier annuel, basé sur le calcul, connu sous le nom du calendrier d’Umm al Qura, qui tient compte à la fois de la « conjonction » et des horaires de coucher du soleil et de la lune aux coordonnées de La Mecque, Cette règle qui a connu plusieurs phases dans son élaboration peut aujourd’hui s’énoncer comme suit : «  Le mois lunaire débute au soir du 29è jours du mois en cours, si la nouvelle lune observée à partir de La Mecque se couche après le coucher du soleil et si la conjonction s’est produite. Dans le cas contraire, le mois en cours aura une durée de 30 jours.» ([12]).

En Indonésie, en Malaisie et à Brunei, la règle appliquée est la suivante : « Le mois lunaire débute après la conjonction, lorsque l’âge de la nouvelle lune est supérieur à 8 h, l’altitude < 2° et l’élongation > 3 ° » ([7]).

Le Conseil du Fiqh de l’Amérique du Nord (CFAN) basé aux Etats-Unis avait, a adopté dès 2006, la règle suivante: « Utilisant comme point de référence, la ligne de datation internationale (Greenwich Mean Time (GMT), le nouveau mois lunaire commencera, En Amérique du Nord, au coucher du soleil du jour où la conjonction se produit avant 12 : 00 GMT. Dans le cas contraire, le mois commencera au coucher du soleil du jour suivant» ([13]). Cette règle a été proposée dès 2004 par Jamal Eddine Abderrazik dans son livre intitulé « Calendrier Lunaire Islamique Unifié » ([14]). Abderrazik stipule qu’il faut accepter le principe de « transfert de visibilité », c’est à dire accepter de débuter le mois partout dans le monde si le croissant est observable à n’importe quel endroit du globe un soir donné. Il ajoute que si ce principe est accepté, ce calendrier s’accorde alors avec les observations du croissant dans 92 % des cas.

Dans un souci d’améliorer la concordance entre la date résultant du calcul et celle résultant d’une observation visuelle, Nidhal Guessoum a proposé un calendrier bi-zonal consistant à découper le Globe en deux zones, la zone « Ouest » correspondant au continent américain et la zone « EST » englobant le reste du monde. Cette règle s’énonce ainsi : « Le nouveau mois commence dans les deux zones si la conjonction se produit avant l’aube à La Mecque. Le nouveau mois commence dans la zone « ouest » pour être reporté dans la zone « Est » si la conjonction se produit entre l’aube à La Mecque et 12h00 GMT. » ([15]).

Ces règles et d’autres ont donné lieu à de nombreux logiciels : Ilyas A, Ilyas B, Shaukat, Yallop, Odeh, etc… ([8]).

A noter que les règles de calcul qui permettent l’élaboration des tables des heures de cinq prières rituelles sont de même nature et leurs différences donnent lieu à des tables d’heures de prières différentes notamment pour les deux prières du matin (Fajr) et de la nuit (‘Icha). L’harmonisation de ces tables, au sein d’un même pays, est une question qui mérite d’être également étudiée.

4. La situation en France

La méthode utilisée en France actuellement, alliant la concertation entre les composantes du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) et l’analyse des annonces effectuées par les différentes autorités du monde musulman ainsi que les données astronomiques, outre qu’elle portait essentiellement sur la détermination du début et de la fin du mois de ramadan, a montré ses limites sur le plan pratique.

Au-delà des difficultés posées par le caractère aléatoire des décisions de certains pays musulmans, amenant le CFCM à faire des arbitrages difficiles, l’idée même d’attendre la veille pour prendre connaissance de la décision du CFCM pose aujourd’hui des problèmes aux musulmans de France.

En effet, l’administration française demande au CFCM de lui transmettre les dates des fêtes musulmanes (Al fitr, Al Adha, et le Mawlid) afin qu’elles soient prises en compte pour la délivrance des autorisations d’absence. A cet effet, une circulaire est publiée au début de chaque année. Les établissements de l’enseignement s’y réfèrent également pour en tenir compte dans la programmation des examens et des évaluations.

Les salariés musulmans, ne connaissant pas à l’avance les dates des fêtes et souhaitant poser leurs jours de congés pour pouvoir les célébrer, rencontrent des difficultés.

L’organisation des prières communautaires à l’occasion des fêtes, nécessite souvent la réservation des salles ou gymnases pour deux jours successifs alors qu’elles ne seraient utilisées que pour une seule journée. Cela provoque la réticence des maires lorsque les salles sont communales et donne lieu à un surcoût de location non négligeable.

Les abattoirs qui veulent se mettre à la disposition des musulmans pour la fête du sacrifice ont besoin de connaitre les dates de cette fête plusieurs semaines à l’avance pour les prendre en compte dans l’organisation de leur activité.

C’est dire que la détermination des débuts des mois lunaires à l’avance éviterait aux musulmans de France de nombreuses difficultés. Les musulmans vivant dans des pays à majorité musulmane ne connaissent pas forcément ces difficultés de la même manière.

C’est pour cela, dès juin 2008, un groupe de réflexion s’est constitué au sein du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) pour étudier la possibilité de mise en place d’un calendrier lunaire basé sur le calcul. Le Conseil d’Administration du CFCM réuni à Paris, le 24 juin 2011, prenant acte des différentes positions exprimées par les composantes du CFCM, a adopté le principe du calcul et a chargé son Bureau Exécutif de mener les discussions entre les composantes du CFCM pour en définir la règle et la mettre en œuvre.

Des tests réalisés sur une durée de 60 mois, montrent que la quasi-totalité des règles de calcul énumérées plus haut donnent lieu à des calendriers quasiment identiques. Aussi, le critère essentiel qui doit guider le choix des musulmans de France c’est la capacité du calendrier à unir autour de lui les musulmans de France et les musulmans d’Europe.

Les différentes composantes du CFCM entendent, après la réussite de la réforme du CFCM intervenue le 23 février 2013, inaugurer une nouvelle étape dans la vie de l’institution représentative du culte musulman en se penchant sur ce dossier concret concernant la pratique religieuse musulmane. L’harmonisation des heures de prières rituelles doit intervenir également dans les mois à venir pour mieux consolider l’unité des musulmans.

Par Mohammed Moussaoui, publié dans oumma.com, le 9 mai 2013.

Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement MM. Khalid CHRAIBI et Nidhal GUESSOUM pour leurs remarques précieuses et utiles à la réalisation de cet article.

Références

[1] Ragheb Al Isphahani, Dictionnaire sur des mots coraniques (en arabe), publié en arabe, par Almaymaniya, Egypte, 1324H.

[2] Fakhr Eddine Arrazi, Tafssir Alfakhr Arrazi (en arabe), dar Alfikr, Beyrouth, 1981, Vol3, 5, P.95.

[3] Ahmad Shakir: « Le début des mois arabes … est-il licite de le déterminer sur la base du calcul astronomique ? ». (publié en arabe en 1939) reproduit par le quotidien «al-madina », 13 octobre 2006 (n° 15878):

[4] Ibn ‘Abd Albarr: http://library.islamweb.net/hadith/.

[5] Karim Meziane et Nidhal Guessoum: La visibilité du croissant lunaire et le ramadan, La Recherche n° 316, janvier 1999.

[6] Nidhal Guessoum, Mohamed el Atabi et Karim Meziane : Ithbat acchouhour alhilaliya wa mouchkilate attawqiti alislami (en arabe), p.152, Dar attali’a, Beyrouth, 2è éd., 1997.

[7] Khalid Chraibi, http://oumma.com/15021/reforme-calendrier-musulman-33.

[8] Ahmad Odeh: http://www.icoproject.org/.

[9] Taqui Eddine Assoubki : Fatawa Assoubki (en arabe), Dar Al ma’rifah, Beyrouth, Vol1, P.209.

[10] http://www.diyanet.gov.tr/turkish/dy/default.aspx.

[11] Conseil Européen de la Recherche et de la Fatwa, www.e-cfr.org/.

[12] http://www.staff.science.uu.nl/~gent0113/islam/ummalqura.htm.

[13] CFAN: http://www.fiqhcouncil.org/node/20.

[14] Jamal Eddine Abderrazik : « Calendrier Lunaire Islamique Unifié », Editions Marsam, Rabat, 2004.

[15] Nidhal Guessoum, « Progrès dans la solution du problème du calendrier islamique », 1ere Conférence d’Astronomie des Emirats « Applications of Astronomical Calculations », Abu Dhabi, Décembre 2006.

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